Le Mag des Territoires Résilients - La FFSS au cœur de l'action

Retour sur
1 an d’engagement
Mars 2021

SECOURS
D’U
SOUTIEN
À LA POP RGENCE
SOUTIEN ULATION
SANITAIR
E

RÉSILIENCE
2021

LA FFSS AU COEUR DE L‘ACTION

RETOUR D’EXPÉRIENCE

P

lusieurs fois depuis un an j’ai écrit en ces termes aux associations qui s’engageaient toujours plus dans le cadre de
cette crise sanitaire, au secours de la population :
« J’ai l’honneur ainsi que l’ensemble des membres du comité
directeur, de vous présenter nos plus sincères félicitations
pour l’action exemplaire que l’association que vous présidez a
conduite pendant la crise du Covid 19. En effet, l’engagement
de votre association dans des actions de soutien à la population
en partenariat avec les services de l’État et des collectivités
territoriales a forcé l’admiration de tous et les jeunes secouristes
ont porté haut les valeurs de notre fédération. »
Je pense que ces félicitations doivent être partagées par l’ensemble des acteurs fédéraux qui ont fait un travail remarquable
depuis le début de cette pandémie, travail que je pourrais
résumer par ces quelques éléments :
- un engagement très massif de jeunes secouristes pour pouvoir
tenir dans la durée (plus d’un an à ce jour).
- une très grande adaptabilité de nos secouristes dans des
missions parfois inédites pour lesquelles ils ont montré une
grande agilité.
- une très grande réactivité et un courage exemplaire de tous
nos secouristes.

- une chaîne de commandement simple, réactive, efficace et
bienveillante.
Je dois souligner l’implication exemplaire de Stéphane VOISIN et
de l’équipe qu’il fédère, Adrien, Kamil, Valère et bien d’autres qui
se reconnaîtront. Ils ont permis à cette chaîne de commandement
un maillage territorial des plus efficaces et une organisation dans
laquelle l’adhésion aux valeurs fédérales n’a jamais défailli et a
toujours servi d’arbitrage dans toutes leurs décisions.
Ce même constat a valu la reconnaissance des plus hautes
instances de notre Ministère de tutelle en la personne de son
Ministre Monsieur Gérald DARMANIN, ainsi que des services
de la Direction Générale de la Sécurité Civile et de la Gestion
des Crises qui ont souhaité que nous partagions leurs louanges
avec l’ensemble des secouristes en témoignage de leur action
exemplaire de soutien à la population.
BRAVO et MERCI à chacune et chacun pour votre engagement.
Bernard RAPHA,
Président de la FFSS

PREAMBULE

L

ors de cette crise, j’ai rencontré des femmes et des hommes
qui, nonobstant la crainte d’être contaminés, se sont engagés.
Malgré les risques pour leur santé, ils ont eu le courage
d’enfiler leur tenue pour aller au secours des citoyens depuis
un an déjà.
J’ai vu des hommes et des femmes s’engager depuis chez eux
car leur situation familiale ou personnelle ne permettait pas une
présence sur le terrain. J’ai vu la volonté de ceux qui n’ont pas pu
prendre part aux missions de terrain pour raisons de santé et ou
d’âge ou pour raisons professionnelles, mais qui ont servi par du
télé-bénévolat sur des tâches logistiques, administratives et qui
ont permis d’accroître la résilience de notre dispositif.
J’ai vu la générosité et l’humanité au travers de l’engagement des
présidents, directeurs opérationnels, administratifs, logisticiens
techniques et des secouristes bénévoles.

Secouristes, quelle plus belle illustration de ce que sont votre
engagement et votre dévouement que cette période face à la
COVID-19. Votre engagement est intense. Il est total. Car, pour
sauver des vies, vous êtes toujours présents. Et vous continuez
à être là, encore aujourd’hui, après un an de crise, pour le
soutien sanitaire “Tester, Alerter, Protéger” et des dispositifs
de vaccination.
J’ai souhaité créer ce retour d’expérience pour consolider et
garder la mémoire de vos actions. Pour conserver les témoignages de bénévoles engagés.

Stéphane VOISIN
Vice-Président de la FFSS

HORS SÉRIE, MARS 2021

LE PARTENAIRE MÉDIA DES
COLLECTIVITÉS LOCALES

SOMMAIRE

Le Mag des Territoires Résilients est une
Marque du Groupe DELBO
PRESSE SAS au capital de 100€
Siège social :331 rue d’Alsace, 45160
Olivet - France
Bureaux de la société :
331 rue d’Alsace, 45160 Olivet -France
Directeur de la publication :
Jean-Philippe DELBONNEL
Rédacteur en chef : Stéphane VOISIN
Rédactrice et secrétaire de rédaction : Margot DUPONT
Conseillers techniques : Adrien THÉVELEIN ; Jean-Philippe
DELBONNEL
Ont collaboré à ce numéro : Jean-Philippe DELBONNEL ; Bernard
RAPHA ; Stéphane VOISIN ; Christian POUTRIQUET ; Adrien
THÉVELEIN ; Kamil BELKHELLADI ; Marine BARBAUD ; Alexandre
BEAULANDE-CHOUIN ; Kévin BEAULANDE-CHOUIN ; Rémi BESANÇON ; Guillaume BOULAYE ; Valère CASCA ; Pierre COUMONT
; Franck DEGAUGUE ; Nathan DELAUNAY ; Hendrick DELECOURT ;
Anthony DESSEIN ; Stevens DUVAL ; Robin FRANÇOIS ; Sebastien
GENNARO ; Sébastien HUET ; Julien HUMBERT ; Joël JACQUARD ;
Dimitri KERVICHE ; Florent LAMAURY ; Jérémie MERCURI ; Nicolas
MONTSERRAT ; Benjamin NEUVILLE ; Alexandra RICHARD ; Adrien
RIVIERRE ; Ludivine ROUZIN ; Martin SCHNEPP ; Quentin VIVIER.
Mathieu LACROIX
Photographies : réseaux sociaux des associations FFSS ; .Upside
; cellules reportage FFSS 11 ; FFSS 27 ; FFSS 35 ; FFSS 45 ;
FFSS 56 ; FFSS 60 ; FFSS 66 ; FFSS 83 ; FFSS 972 ; FFSS Nord Direction départementale ; Frédéric BALDRAN ; Rémi BESANÇON ;
Guillaume BOUILLOUX (Comité Départemental 69 FFSS) ; Vivien
BRUMENT ; Sébastien GENNARO ; Sébastien HUET ; Clément
PETITNAY ; Adrien THÉVELEIN ; Stéphane VOISIN.

RETEX

TEMOIGNAGES

Centre quatorzaine
Centre d'isolement
Centre COVID & transports
Soutien sanitaire

Conception graphique : Global Agence
http://theglobalagence.com

Soutien population

Edité par : Groupe Delbo Presse

Secours à personne

Toute reproduction, représentation, traduction ou adaptation qu’elle
soit intégrale ou partielle quels qu’en soient le procédé, le support
ou le média, est strictement interdite sans l’autorisation expresse et
écrite de Le Mag des Territoires Numériques, sauf les cas prévus par
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N° de commission paritaire : en cours
N° ISSN : en cours
Dépôt Légal à parution Imprimé en FRANCE.

Mission «Chardon»

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LA FÉDÉRATION

RETOUR D’EXPÉRIENCE
RETOUR D’EXPÉRIENCE SUR LA GESTION DE CRISE COVID-19 : ÉVALUER
NOTRE EXPÉRIENCE POUR PRÉPARER LES PROCHAINES CRISES
RETOUR D’EXPÉRIENCE : UNE DÉMARCHE DE RÉSILIENCE MOBILISATRICE POUR PRÉPARER LES PROCHAINES CRISES

L

e retour d’expérience, également appelé REX ou RETEX, est une démarche
rigoureuse d’enquête et d’analyse d’un événement, le plus souvent une
situation perturbée ou une crise, conduite pour en comprendre le contexte,
les faits, l’origine, le développement, les conséquences et surtout évaluer les
décisions et les actions engagées pour maîtriser rapidement la situation.
La démarche s’inscrit dans une logique d’amélioration continue pour permettre,
au plus près de l’événement, de tirer les enseignements d’une situation exceptionnelle en vue de corriger des éléments négatifs et de faire progresser les pratiques,
les dispositifs, l’organisation, les modes de fonctionnement individuels et collectifs ainsi que les processus décisionnels (chaîne de commandement, gestion et
communication de crise) en vue d’améliorer la résilience d’une organisation.

Le RETEX se concentre entre autres sur les thèmes suivants :
-Les faits et leur déroulement
-Ce qui a bien fonctionné (points forts)
-Ce qui n’a pas fonctionné (points faibles)
-Les contraintes et les difficultés rencontrées
-Les actions amélioratives et correctives
Les finalités du RETEX :
- Améliorer la réponse opérationnelle des AASC de la FFSS.
- Renforcer les capacités de gestion des situations
exceptionnelles.
- Développer la résilience des associations FFSS.
Les objectifs du RETEX :
- Partager une vision commune des événements depuis la
phase de déclenchement du plan de crise jusqu’à la reprise
des activités normales.
- Identifier les forces et faiblesses propres à la gestion de la
crise et dégager des axes d’amélioration.
- Capitaliser les actions positives et innovantes pouvant
perdurer sur le plan organisationnel, fonctionnel et technique.
- Se préparer aux prochaines crises.

Le Mag des territoires Résilients : Edition spécial covid-19

5

L’ histoire d’une pandémie

U

ne pandémie se définit comme une épidémie (développement et
propagation rapide d’une maladie contagieuse, le plus souvent
d’origine infectieuse, dans une population - Larousse) qui s’étend
à toute une région du globe, voire à la totalité de celui-ci. L’actuelle crise
de la Covid-19 nous rappelle la réalité de ce fléau qui existe pourtant
depuis toujours.
C’est à l’Antiquité qu’apparaît la première pandémie répertoriée par
l’Homme. Nonobstant son nom, c’est depuis l’Ethiopie que se répand la
peste d’Athènes avant de finalement atteindre la Grèce. La maladie fera
rage entre -430 et -426 avant J.-C. et l’on comptabilisera des dizaines
de milliers de morts. Si la précédente reste peu connue, la peste noire
fait quant à elle pleinement partie de nos programmes d’Histoire.
Terriblement meurtrière, on estime que la peste noire a fait environ 25
millions de morts en Europe. Parmi les épidémies notables, on pourra
également citer le choléra, qui frappa le monde par vagues successives.
Plus désastreuse encore, la grippe espagnole fera, entre 1918 et 1919,

près de 50 millions de morts à l’échelle de la planète. On la surnomme
d’ailleurs “La mère de toutes les épidémies”. Plus proche de nous, la
grippe asiatique (1956 - 1957) tuera 100 000 personnes sur le territoire
français et environ deux millions à l’échelle mondiale. Quelques années
plus tard, une mutation du virus verra naître la grippe de Hong-Kong.
Un million de personnes en décèderont. Enfin, depuis 1981, le monde
vit avec le SIDA, maladie encore incurable à ce jour. Si des traitements
permettent d’en réduire la mortalité, on estime qu’environ 32 millions
de personnes y ont déjà succombé.
Désormais, il ne fait plus aucun doute que la maladie infectieuse nommée
COVID-19 s’inscrira parmi les épidémies les plus meurtrières de son
temps, voire de l’Histoire de l’humanité.
Apparue en Chine a priori durant le mois de novembre 2019, la maladie,
provoquée par le coronavirus SARS-CoV-2, était jusqu’alors inconnue. Sa
propagation au reste du monde conduit l’Organisation Mondiale de la
Santé (OMS) à la qualifier de pandémie le 11 mars 2020. Pour autant, le

11 janvier

14 février

4 mars

la Chine déclare un
premier mort officiel
de la Covid-19.

premier décès d’un
patient en France.

la Région Centre-Val de
Loire fait état de deux
premiers cas de
Covid-19.

17 novembre

23 janvier

25 février

a posteriori, la Chine
établira à cette date la
détection officielle du
premier cas de Covid-19.

la maladie arrive en
France, trois
premiers cas sont
déclarés.

premier décès d’un
Français sur le
territoire national.

45
!”
s en guerre

me
“Nous som

16 mars

24 mars

“Nous sommes en
guerre !” Dans une
allocution télévisée, le
Président de la
République Française
s’exprime à la nation.

la France déclare l’état
d’urgence sanitaire.

17 mars
le confinement entre en
vigueur sur tout le
territoire national.

28 avril
8 avril
la France compte plus de
10 000 décès dûs à la
Covid-19.

la France compte plus
de 20 000 décès dûs à
la Covid-19.

11 mai
début du déconfinement
progressif sur le territoire
national.

28 octobre

14 octobre
un couvre-feu obligatoire est
décrété en zone infectée sur
décision des autorités
compétentes.

6

Le Mag des territoires Résilients : Edition spécial covid-19

23 octobre
1 000 000 de cas de Covid-19
sont atteints sur le territoire.

lors d'une allocution
télévisée, Emmanuel Macron
annonce l’instauration d’un
2ème confinement national
à partir du 29 octobre,
minuit.

janvier

ouverture des centre
vaccination.

es de

virus avait déjà atteint la France depuis l’identification de trois premiers
cas sur le territoire en janvier.
La méconnaissance des professionnels de santé face à cette nouvelle
maladie, l’absence de traitement efficace et, par extension, de vaccin
mènent la plupart des Etats à prendre des mesures drastiques pour en
limiter la propagation et réduire au maximum le nombre de victimes.
Un confinement national est décrété par le président français Emmanuel
Macron le 17 mars 2020. Plusieurs fois allongé, il ne prendra fin que le
11 mai de la même année. Avant de reprendre le 29 octobre pour cesser
le 15 décembre.
A l’heure actuelle, l’ampleur réelle de cette crise demeure inconnue.
Au cœur de cette lutte contre le virus, les soignants ont notamment été
épaulés par les acteurs de la sécurité civile. Parmi ceux-ci, une fédération a brillé par son engagement, son abnégation et sa résilience. La
Fédération Française de Sauvetage et de Secourisme a ainsi pleinement
pris part à cette crise et sa gestion.

Fondée en 1899 par Raymond Pitet, la FFSS est une association agréée
de sécurité civile. Aujourd’hui présidée par Bernard RAPHA, la FFSS a
maintenu un engagement sans faille pendant toute la durée de la crise
et ce sur l’ensemble du territoire national.
Depuis leurs premières interventions de secours, la prise en charge de
patients durant les missions Chardon, la gestion de centres d’isolement
jusqu’à la réalisation de tests de dépistage ou encore le soutien à la
population et le soutien sanitaire, suivez le quotidien de ces sauveteurs
durant la crise de la COVID-19. Depuis mars 2020 jusqu’à mars 2021 avec
la continuité de l’engagement et les nouvelles missions de vaccination et
les dispositifs médiateurs Lutte Anti-COVID (LAC). Du Nord au Sud, de l’Est
à l’Ouest, de la métropole aux départements et territoires d’Outre-mer,
découvrez les portraits de ces femmes et de ces hommes engagés pour
une cause unique : la France.n

Nos engagements
13 mars

Commandées depuis la commune d’Olivet, les équipes se déploient sur :
Les opérations de secours (missions de type A) :
- Transports sanitaires de patients Covid incluant des levées de doute.
- Les missions “Chardon” visant au transfert de patients Covid via les TGV
médicalisés.
- Appui aux SAMU.
- Secours d'urgence aux personnes hors Covid.
- Mise en place et gestion de centres d’accueil et d’orientation aux
urgences des hôpitaux.
Les opérations de soutien (missions de type B) :
- Aide et soutien aux populations (mise en place de centres
d’hébergement et distribution de nourriture et de médicaments).
- Soutien aux structures de soins ou d’accueil (hôpitaux, EHPAD, …)
- Missions liées aux mesures d’isolement sanitaire (quatorzaine, hôtel
COVID, …)
- Renforts en cellules d’informations téléphoniques.
- Missions liées au dépistage (mise en place de centres de dépistage).
- Missions liées aux gestes barrières.
L’encadrement des volontaires de la population (missions de type C)
c’est-à-dire les bénévoles spontanés et les bénévoles de la réserve
communale.

TE
ST

la Fédération Française de Sauvetage et de Secourisme ainsi que
l’association Secouristes du Loiret s’engagent pour lutter contre la
pandémie et apporter leur soutien à la France. Une cellule de crise
appelée “Salle de Gestion de Crise Nationale”
est ouverte pour coordonner les opérations.

18 août
10 juillet
la France compte plus de
30 000 décès dûs à la
Covid-19.
l’état d’urgence sanitaire
prend fin à minuit.

rentrée des classes. Tous les
élèves de plus de 10 ans
doivent obligatoirement
porter un masque.
généralisation des tests de
dépistage PCR.

24 juillet
le ministre de la santé, Olivier Véran, prend un arrêté
autorisant, entre autres, les associations de sécurité
civile à pratiquer les prélèvements dans le cadre de la
réalisation de tests PCR.

14 janvier
un couvre-feu national est
décrété.

1er septembre

le port du masque devient
obligatoire dans les
établissements publics et
dans certains lieux de
brassage.

mars
75 000 tests anti-COVID
effectués à Orly

fevrier
un confinement local est
décrété sur les zones à forte
circulation du virus.

T

TES

Sources
https://fr.wikipedia.org/
https://www.sudouest.fr/
https://www.unaids.org/fr/resources/
https://www.futura-sciences.com/

Le Mag des territoires Résilients : Edition spécial covid-19

7

RETEX

Point de situation au 27 avril 2020

Point de situation au 16 septembre 2020

8

Le Mag des territoires Résilients : Edition spécial covid-19

Période du 17 septembre 2020 au 99mars 2021
mars 2021
Période du 17 septembre 2020 au

Le Mag des territoires Résilients : Edition spécial covid-19

9

CHIFFRES CLEFS
2 543 000 heures de bénévolat

à l’echelle nationale

Cas confirmés
3 661 410
Décès
85 321

Retours à domicile
253 450

Mondial

Cas confirmés
112 533 181
Décès
2 497 406
Retours à domicile
63 504 599

Missions logistiques et administratives
et formation des intervenants
1 900 000 heures

Missions de secours à personnes
30 009 heures

Missions d'aide et/ou de soutien aux
populations
52 386 heures

Missions de soutien aux structures de
soins ou d'accueil (hôpitaux, EHPAD, ...)
38 224 heures

Missions liées aux mesures d'isolement
sanitaire : quatorzaine, hôtel COVID, …
356 664 heures

Missions d'encadrement des volontaires
40 080 heures

Ouverture de la salle de crise
38 000 heures

Missions de dépistage
73 000 heures et 75 000 Tests

Centres de décontamination
14 381 heures
Source : Santé Publique France

RETOUR D’EXPERIENCE
Points positifs

Axes d’amélioration

Mesures à programmer

La crise a permis à nos bénévoles de Sécurité
Civile de mettre en valeur leurs compétences

Dans certains secteurs de France, difficultés de
coordination des AASC engagées sur les missions

Réalisation d’un RETEX national avec des témoignages venant de toute la France et couvrant
l’ensemble des missions pour garder la mémoire
de la crise

Mise à disposition des EPI (équipement de protection individuelle) lors des missions de secours
à personnes

Pas de mise à disposition des EPI lors des missions d’aide et d’assistance à la population

Création d’un diplôme d’honneur décerné aux
associations qui sont intervenues lors de la crise
Création d’un écusson et d’une lettre de félicitations à la dispositon des Présidents pour la
reconnaissance individuelle des intervenants
bénévoles

Ecoute des difficultés de fonctionnement des
associations agréées de Sécurité Civile par le
versement de subvention ministérielle ou locale

Méconnaissance des capacités matérielles, humaines et formatives des AASC par les ARS

Mise en lumière des «bénévoles de l’ombre»
assurant la logistique, la technique, l’administratif, ... necessaire à l’ensemble des missions de
secours

Engagement des partenaires privés et publics en
soutien des missions des associations FFSS
(dons et prêts de matériels, protections, véhicules, ...)

Retard dans les écritures des doctrines et protocoles d’intervention par les services de l’Etat

Mise en oeuvre de nouvelles technologies ou
modernisation des outils existants pour améliorer la corrdination des missions :
- système radio LTE Instavox sans limite de
portée
- modernisation du portail de gestion opérationnelle éOS

Dans certains secteurs de France, bonne coordination des AASC engagées sur les missions pour
rendre les dispositifs plus efficients

Pertes financières importantes des associations
en lien avec l’arrêt des dispositifs de secours et
des formations mettant en péril le fonctionnement voire l’existance de certaines associations

Virtualisation des outils de la Salle de Gestion
de Crise Nationale permettant une résilence plus
importante en cas d’indisponilité humaine locale
Mise en oeuvre de visioconférence régulières
tant généralistes que thématiques permettant
d’augmenter le niveau d’informations des cadres
des associations et maintenir le lien social entre
les structures

Les bénévoles des AASC sont devenus une véritable réserve sanitaire opérationnelle

Complexité des coordinations des interventions
et missions du fait d’un fonctionnement en
inter-services et interministérialités

Contenus des formations à faire évoluer pour
prendre en compte les risques sanitaires

Grande mobilisation et réactivité des associations du réseau FFSS avec une solidarité entre
les structures surtout lors des grands dispositifs
(Chardon, dépistage massif, ...)

Communication interne et externe

Evolution de la formation Cadre Opérationnel :
- 1ère partie en distancielle avec prise en compte
l’évolution des missions des AASC
- 2ème partie en présentielle sur la même durée
que précédement

Capacité opérationnelle d'adaptation et de
réorganisation des associations et de la direction
opérationnelle nationale

Favoriser les achats groupés

L’objectif étant de maintenir la même durée de
formation pratique tout en augmentant le niveau
de savoir et de compétence des stagiaires

Grande reconnaissance des citoyens et de l'ensemble des acteurs de la crise COVID

Structurer notre réseau

Identifier le besoin en formations nouvelles pour
les intervenants et encadrements :
- soutien psychologique
- organisation matérielle et logistique
- nouvelles technologies
- .....

Montée en puissance technique et technologique
de l'ensemble des outils de coordination et de
commandement (éOS, système radio Instavox, ...)
Mise en oeuvre rapide d'une cellule d'écoute
psychologique interne à la FFSS pour nos
intervenants secouristes tenue par une infirmière
spécialisée dans le domaine
Engagement historique des bénévoles FFSS
Communication locale et nationale

Etude de création de Task Force (force d’intervention) pour répondre aux besoins du terrain et des
missions (secours, technique, logistique, ...)
Réflexion d’organisation logistique
opérationnelle nationale projetable sur le terrain
en lien avec les Task Force

RECONNAISSANCE NATIONALE DE L’ENGAGEMENT BÉNÉVOLE FFSS
Du Ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin
“Depuis le début de la crise sanitaire majeure que
traverse notre pays, votre association s’est très
largement engagée et continue à le faire, avec
dévouement, auprès de nos concitoyens.”

De l’Assemblée Nationale
ASSOCIATIONS AGRÉÉES DE SÉCURITÉ CIVILE :
ENTRE DIFFICULTÉS ET RECONNAISSANCE
“La crise du covid-19 a suscité une mobilisation
sans faille [...] des associations agréées de sécurité civile qui ont apporté un soutien décisif aux
soignants dans les régions les plus touchées par
l’épidémie et ont fait preuve d’une forte réactivité
et de remarquables capacités d’adaptation dans
leurs missions de service public de proximité.” “Les
associations agréées de sécurité civile ont effectué
près de 3 millions d’heures de bénévolat liées au
covid‑19 et 18 000 interventions en véhicules de
secours entre le mois de mars et le mois de mai
2020. Elles se sont investies sans compter, malgré
la méconnaissance de leurs compétences par les
agences régionales de santé au début de la crise,
mais leurs interventions ont un coût. La crise leur
a fait perdre une grande partie de leurs ressources
financières : de nombreuses associations membres
de fédérations et d’antennes locales risquent de
disparaître sans une aide urgente de l’État.”

C

’est par ces mots forts et impactants
que M. le député Arnaud VIALA débute
son rapport pour avis relatif à la
mission “Sécurité” de la loi de finance 2021.
Une valorisation qui témoigne du poids et
du rôle majeur qu’ont associations agréées
de sécurité civile (AASC) dans le cadre de
la gestion de la crise de la COVID-19.
“Votre rapporteur pour avis souhaite que
le Gouvernement accorde aux associations
agréées une dotation budgétaire exceptionnelle
pour leur permettre de survivre financièrement
à la crise du covid-19. Une telle subvention
constituerait une reconnaissance de leur indispensable contribution aux missions de sécurité
civile.”, conclut M. VIALA.
Ces échanges entre parlementaires et exécutif
ont ainsi permis de débloquer une importante
subvention pour les différentes AASC.
Outre le besoin de ressources financières, la crise
sanitaire a permis de révéler diverses difficultés
auxquelles les AASC, et parmi elles la FFSS, ont
dû faire face. Des difficultés également identifiées dans l’avis de M. le député VIALA. Dans
le viseur : la coordination et la collaboration
entre les différents acteurs. Le député interpelle sur le fait que les rôles et compétences

Gérald Darmanin : Ministre de l’Intérieur

des différentes AASC étaient malheureusement
assez méconnus au début de la crise. Ainsi,
explique-t-il, “au cours des première semaines
de la crise, les ARS ne les sollicitaient pas, car
elles ne les connaissaient pas.”
De plus, M. VIALA rapporte que la loi régissant
les évacuations d’urgence de victimes par les
AASC est surannée. Durant la crise, les associations agréées et les SDIS ont ainsi souffert de
cette inadaptation de la loi qui n’a pas permis
aux seconds de solliciter les premières sur de
telles missions alors même que les AASC les
menaient effectivement par d’autres biais. En
effet, “dès le 14 mars, la Croix-rouge française
a décidé de se coordonner avec l’Ordre de Malte
France et la Fédération française de sauvetage
et de secourisme pour apporter une réponse
commune aux sollicitations de l’ARS d’Île-deFrance et de la zone de défense de Paris. L’offre
de service commune ainsi créée a permis de
renforcer les réseaux de secours des SAMU en
mettant à leur disposition des véhicules de
secours à personnes et des véhicules légers
affectés aux levées de doute covid-19 et de
participer à l’opération « Chardon ».”
Une opération dont vous pourrez retrouver
divers témoignages dans ce magazine.
Aussi complexe et ardue que soit cette crise
sanitaire, elle a le bénéfice de braquer l’attention de tous, ce jusqu’aux plus hautes sphères
de l’Etat, sur les AASC, leur savoir-faire, leurs
valeurs et leurs difficultés. n

Du directeur général de la sécurité civile
et de la gestion des crises
“Depuis le début de la crise sanitaire sans
précédent que traverse notre pays, les associations agréées de sécurité civile se sont
mobilisées à l’appel des pouvoirs publics.

A l’issue de l’état d’urgence sanitaire, dont la
sortie a été organisée par la loi du 9 juillet
2020, je tiens à saluer les efforts remarquables
accomplis par votre association.
Vos bénévoles et salariés se sont ainsi engagés,
avec un dévouement sans relâche et de façon
innovante, dans de multiples actions. Je pense
au secours aux personnes en complément des
sapeurs-pompiers et des SAMU, aux missions
auprès des personnes les plus vulnérables,
qu’il s’agisse de nos aînés dans les EHPAD, de
personnes isolées ou sans abri. Je pense encore
à l’accueil dans les centres hospitaliers ou dans
les centres de consultation et de confinement.
Il existe encore beaucoup d’autres actions,
qui révèlent les formidables capacités de vos
membres.
Je vous adresse ainsi qu’à toutes vos équipes
mes plus chaleureux remerciements pour votre
mobilisation exceptionnelle au service de nos
concitoyens, mobilisation qui, je le sais, reste
d’actualité en cette période délicate où nos
concitoyens doivent continuer à être protégés
du virus.”n
Source : Assemblée Nationale

RETEX

STÉPHANE VOISIN
DIRECTEUR NATIONAL OPÉRATIONNEL ET
VICE-PRÉSIDENT DE LA FFSS

S

téphane Voisin, 46 ans, est
directeur national opérationnel, vice-président de
la FFSS et président du comité
départemental de la fédération
dans le Loiret. Depuis près de 30
ans, Stéphane se dévoue pour
la population. Multi-casquettes,
il assume de grandes responsabilités. A la tête de la salle de
gestion de crise nationale durant
la crise sanitaire de la COVID-19,
il a commandé, coordonné, anticipé et animé. Il s’est également
assuré de la collaboration avec
les différents services de l’État
ou des partenaires. Portrait d’un
vice-président engagé pour ses
associations.
Tout d’abord, pouvez-vous nous
parler de la FFSS ? Quelles sont
ses valeurs et les missions de ses
membres bénévoles ?
“De tout temps, il y a toujours
eu des hommes et des femmes
qui, bénévolement, assistaient
la population en cas de catastrophes telles que les grandes
inondations, ouragans, les

14

tempêtes, les épisodes de grand
froid. Mais aussi les canicules, les
pandémies, les grandes guerres,
et plus récemment les périodes
d’attentats.
Je suis particulièrement fier du
travail effectué par l’ensemble
des présidents, cadres opérationnels et secouristes de notre fédération qui compte aujourd’hui
près de 6 000 bénévoles engagés
sur les missions de sécurité civile.
Les bénévoles de la FFSS sont
avant tout des femmes et des
hommes de toutes conditions
sociales, professionnelles et
culturelles qui, par leur engagement, leur dévouement, leur
abnégation, leurs compétences
et leur humanité ont contribué
largement à la gestion des
missions attribuées par les
pouvoirs publics lors de cette
crise sanitaire.”
Quelles ont été et sont encore les
missions mises en œuvre dans le
cadre de la crise ? Et sur quels
territoires ?
“Depuis le 15 mars, nous

Le Mag des territoires Résilients : Edition spécial covid-19

enchaînons des actions diverses
et mobilisons près de 6 000
bénévoles. Les missions confiées
ont d’abord été des missions de
secours à personne à la demande
du SAMU, et impliquant des
interventions en véhicules de
secours, très souvent au domicile des personnes présentant
des symptômes de la COVID-19.
Également, des transferts de
patients en TGV au départ de
Paris et traversant toute la France.
Mais aussi des missions de solidarité auprès des populations à
la demande des collectivités ou
des communes, comme pour la
livraison de produits de première
nécessité (médicaments par
exemple), des visites chez les
personnes fragiles, des transferts
de personnes COVID-19 sans
domicile fixe, du renfort dans les
centres d’information du public
(permanence téléphonique),
les centres de confinement et
d’isolement. Désormais, nous
sommes avant tout mobilisés
sur les missions “Tester Alerter
Protéger”. Nous intervenons par

exemple sur les missions de tests
PCR à l’aéroport d’Orly.
Tous des départements métropolitains et ultramarins se sont
donc mobilisés sur l’ensemble
des territoires français pour lutter
contre la COVID-19.”
En quoi cette crise de la COVID
a été différente des autres pour
vous et vos équipes ?
“Commander une opération de
cette ampleur c’est organiser et
soutenir la réussite des équipes.
Le phasage traditionnel d’une
opération dure généralement
quelques heures. Par exemple :
le mouvement de foule lors de la
fan zone de Paris où nous avons
réalisé 126 prises en charge. Et,
de façon plus exceptionnelle, il
dure une dizaine de jours, comme
lors des grandes inondations.
Avec la COVID, la situation est
hors-norme et très différente
de ces actions traditionnelles.
Car, face à l’intensité des sollicitations des pouvoirs publics, la
montée en puissance des besoins
a duré plusieurs semaines et la
phase de stabilisation a duré près
de 4 mois. Depuis le 10 juillet
(fin de l’état d’urgence) et durant
toutes cette deuxième vague, nos
missions relèvent essentiellement du soutien sanitaire : tester
(tests PCR) et isoler (transports
de personnes atteintes de la
COVID et centres d’isolement). Ce
qui signifie plus d’1 an de mobilisation. La durée de cette phase
est exceptionnelle. Hors-norme.
Je n’avais jamais vécu ça en 30
ans au service de la population.
A chaque mission, nous avons dû
nous adapter aux circonstances
et agir avec discernement. Il nous
fallait analyser les nouvelles
situations et travailler sur les
nouvelles doctrines afin de
décider et lancer les nouvelles
actions. A chaque fois, il fallait
faire face à l’imprévisible. Il
s’agissait finalement d’une
adaptation permanente face à
la COVID-19. Ces différentes
phases, incontournables, étaient
renouvelées en permanence
comme une spirale perpétuelle
et infernale.
Quelle est l’organisation de la
Salle de Gestion de Crise ?
“Traditionnellement, nous

sommes organisés en salle de
crise, comme dans tout organisme gestionnaire de crise avec,
au centre, une salle de commandement physique, rassemblant
autour de la table les référents
des différentes cellules assurant
des missions pour gérer la crise.
Autour de cette salle, les différentes cellules agissent en coordination avec les cadres présents
autour de la table.
La particularité de la crise
sanitaire que nous vivons nous
a obligé à penser autrement. Il
faut composer avec le risque de
contamination.
Afin d’adapter notre gestion à
cette crise particulière, nous
avons pris très rapidement la
décision stratégique de créer
une “Force d’Intervention” (Task
Force en anglais). Cette organisation temporaire permet d’exécuter des tâches ou des activités
habituellement concentrées en
un seul point, en les répartissant
judicieusement entre cadres et
sur plusieurs parties du territoire.”
A quoi ressemble cette “Task
Force” ?
“Dans les forces armées, nous
retrouvons la “Task Force”
divisée en “Task Groups” et en
“Tasks Units”. Nous avons donc
déployé cette même organisation
de “Force d’Intervention” divisée
en “cellules” avec différentes
équipes fonctionnant en roulement pour éviter tout risque de
contamination de toute la chaîne
d’organisation.
A la tête de la “Force d’Intervention”, nous avons toujours la Salle
de Gestion de Crise, mais nous
avons pris le parti de la rendre
“physiquement virtuelle”. C’està-dire que cette salle ouverte
physiquement avec une équipe
de cadres réduite est également
virtuellement ouverte aux cadres
opérationnels qui sont localisés partout en Île-de-France.
L’objectif étant de pouvoir maintenir la continuité de commandement et la résilience de nos
moyens de commandement au
cas où le virus toucherait les
personnels de la Salle de Gestion
de Crise.
Les “cellules” habituellement
autour de la table, sont soit en
“cellules individuelles” dans

un bureau soit complètement
déportées sur le terrain comme
la cellule logistique.
Aujourd’hui nous nous appuyons
sur 9 cellules : coordination, anticipation, renseignements, communication, moyens, logistique,
partenariat/mécénat, systèmes
d’information et communication,
MSGU (Médias Sociaux en Gestion
d’Urgence).”
Comment organisez-vous cette
virtualisation de la gestion de
crise ?
“Nous nous basons sur des
systèmes ou des technologies que
nous avions déjà testés avant cette
crise. Nous ne voulions pas tester
des outils nous permettant de
travailler “à distance”, mais bien
exploiter au maximum la capacité
des nos outils. Nous avons mis en
place des visioconférences dès
le premier jour. Elles permettent
les réunions de travail, mais aussi
les points de situation avec les
structures mobilisées comme
les points de situation généraux
avec toutes les structures de notre
réseau fédéral.
Enfin, un système de communication radio, basé sur la technologie
LTE, est mis en place en partenariat avec la société Novelad. Cette
technologie utilise une application “Instavox” qui transforme
n’importe quel smartphone en
radio (talkie-walkie). Nous avons
commencé la mise en œuvre de
cette technologie lors de la Coupe
du Monde Féminine de football qui
s’est déroulée en France en 2019.
Ce système permet de reproduire
l’utilisation de “radios physiques”,
comme nous en avons l’habitude,
sur des distances infinies, grâce à
l’utilisation du réseau 3G/4G. En
complément de la voix, Instavox
permet de suivre en temps réel
le déplacement de nos équipes
grâce à la géolocalisation, ainsi
qu’un système de messagerie
interne sécurisée.
Tous ces outils de coordination
virtuelle permettent donc à la
Salle de Gestion de Crise de suivre
l’ensemble des interventions en
cours et permettent, de fait, d’assurer la continuité de service du
commandement opérationnel de
la FFSS mais aussi de permettre
une sectorisation du commandement sur le “cluster” de la

COVID-19 en Île-de-France et les
missions en région Centre.”
Comment assurez-vous la protection des intervenants dans cette
crise sanitaire ?
“Le plus gros risque de cette crise
est bien entendu le risque de
contamination. Dès le début de
la mobilisation, nous avons pris
la décision de ne pas mobiliser
les personnels les plus fragiles
(mineurs ou plus de 65 ans,
porteurs de certaines pathologies
comme l’asthme, …) au contact
des personnes potentiellement
atteintes de la COVID-19.
Sur le terrain, nous avons également mis en œuvre un véritable
centre de décontamination pour
les personnels. Il a été localisé
au plus proche des interventions
en Île-de-France. Ce centre de
décontamination, basé dans un
complexe sportif d’Antony (Hautde-Seine), a été validé, tant au
niveau des procédures, que par
son équipement, par l’équipe
du SAMU NRBC de la Zone de
Défense Île-de-France. Ce centre
permet le nettoyage complet et
la décontamination des véhicules,
du matériel mais aussi des tenues
de travail des personnels. Depuis
sa première mise en place, ce
modèle a été repris et adapté sur
l’ensemble du territoire national.
Cette crise sans précédent nous
oblige à réinventer nos habitudes,
retravailler nos procédures, écrire
nos retours d’expérience pour
imaginer ce que nous pouvons
améliorer demain.”
Enfin, quelle stratégie adopte la
FFSS depuis le début de l’année
2021 ? Et comment évoluent ses
missions ?
“Depuis début janvier, de
nombreuses associations FFSS
ont été sollicitées par leur
Préfecture, l’ARS et les collectivités territoriales pour collaborer
à la stratégie COVID “Tester,
Alerter, Protéger”.
Tout d’abord, la fédération s’est
mobilisée sur les missions de
médiateurs TAP qui interviennent
dans le cadre des brigades de lutte
anti-COVID. Les médiateurs FFSS
sont présents sur une trentaine de
départements et travaillent pour
les ARS ou l’Education Nationale
sur des missions de dépistages et

de contact-tracing.
Nos associations sont également
sollicitées sur les centres de
vaccination en qualité de chefs
de centre et logisticiens administratifs et techniques. Mais
aussi secouristes, notamment
afin d’assurer très régulièrement
le réconfort. La mission regroupe
les tâches de prise en charge,
de surveillance et de secours
au bénéfice des publics âgés et
fragiles, prioritaires sur cette
première phase de vaccination.
Notre fédération gère également
des CTAI (cellule territoriale
d’appui à l’isolement). Dans ce
cadre, les missions sont d’assurer
la coordination de tous les acteurs
de cette cellule, d’organiser une
plate-forme d’appel téléphonique
pour les besoins d’appui à l’isolement, de réaliser des actions de
soutien aux populations isolées
et d’assurer le suivi des actions
d’accompagnement mises en
œuvre. La FFSS de Martinique,
sur demande de la préfecture
de Martinique, s’est notamment
engagée pour mettre en œuvre et
gérer une CTAI sur son territoire.
Enfin, la FFSS s’est très récemment
engagée sur la mission de rapatriement sanitaire, Hippocampe,
depuis La Réunion jusqu’à Paris
auprès du SAMU de Paris et
d’autres AASC.
Grâce à l’appui et aux connaissances de nos partenaires institutionnels, nos associations ont
su s’adapter et être très réactives
pour ces nouvelles missions qui
permettent à la population de se
projeter vers un avenir plus serein
dans l’espoir de retrouver, enfin,
une vie normale.”n

“La durée de cette
phase est exceptionnelle. Hors-norme. Je
n’avais jamais vécu ça
en 30 ans au service de
la population.”

Le Mag des territoires Résilients : Edition spécial covid-19

15

RETEX

CHRISTIAN POUTRIQUET
VICE-PRÉSIDENT DE LA FFSS ET PRÉSIDENT DE LA COMMISSION FORMATION
“Ce sont nos valeurs. C’est notre raison d’être. Notre raison sociale. Cet engagement était une évidence.”

C

hristian Poutriquet a
57 ans et un fort engagement au sein de
la fédération. En plus
d’être directeur de l’association des
Secouristes de la Côte d’Emeraude,
Christian est vice-président de
FFSS, vice-président de la Commission Opérationnelle et président
de la Commission Formation. En
quelques mots, Christian revient
sur les raisons de son entrée à la
fédération : “Le début de mon engagement date de 1982. Je me suis
engagé car c’était dans mon ADN.
Je voulais aider mon prochain. J’ai
donc eu un engagement à la FFSS

16

concomitant d’un engagement
comme sapeur-pompier volontaire.”
Durant la gestion de crise de la
Covid 19, vous avez coordonné les
interactions de la zone Est FFSS, et
adapté les procédures de formation. Pouvez-vous nous en parler ?
“Avec Stéphane VOISIN (Directeur National Opérationnel, ndlr),
nous avons décidé de sécuriser
la France en faisant un maillage,
autrement dit en se répartissant
la France, en plusieurs parties.
Maxime POUTRIQUET, mon fils
(c’est surtout lui qui a bossé, moi

Le Mag des territoires Résilients : Edition spécial covid-19

je n’ai pas fait grand chose (Rires))
et moi avions en charge la partie
Nord de la France qui allait de
Brest à Strasbourg.
Sur la partie Ouest, nous n’avons
pas eu grand chose, c’était très,
très calme. On a donc surtout été
amenés à gérer la partie Est avec
des grosses zones comme Mulhouse, Strasbourg, … Bref, toute la
partie Alsace-Lorraine.
Globalement, les équipes travaillaient “sans nous”. Néanmoins, il a
fallu reprendre la main à un moment car certains s’engageaient

sur des missions qui n’étaient pas
forcément les nôtres. Ils n’allaient
peut-être pas à l’essentiel et pouvaient se diminuer en personnel
pour des missions qui étaient,
elles, effectivement les nôtres. Il
y avait donc cette notion de cadrage.
Par ailleurs, il y avait beaucoup
de… “tensions” internes dans certains départements où il fallait
apprendre aux gens à se parler et
à se respecter. Et surtout se mettre
d’accord sur les principes de communication, des procédures adaptées, etc. Ça a été ça, le plus gros
travail, finalement : du manage-

l’éthique et de ce que souhaitait
réellement la Fédération.”
Ces missions vous ont-elles demandé une adaptation particulière ? Et
comment s’est-elle matérialisée ?
“Oui. Je pense que l’adaptation
s’est surtout faite avec de la communication, des visioconférences,
des remontées de terrain, des
recadrages et éventuellement la
mise en place de nouvelles procédures. C’était essentiellement
cela.”
Ces procédures étaient liées
à
quoi
spécifiquement
?
“Eh bien, par exemple, c’était : “on
me demande dans une mairie
pour aller distribuer de la nourriture.” Et au même moment le
SAMU avait besoin de personnes
pour gérer les ambulances. Donc
il fallait essayer de prioriser et ne
s’engager que si on avait le personnel et les moyens.
Mais c’était avant tout de la remontée de terrain. La difficulté était
qu’on n’avait pas toujours la vision
de ce qui se passait dans chaque
département. Certaines associations ne rendaient pas compte à
leur Comité Départemental. Donc,
à travers des visioconférences, de
la communication, etc, on a pu gérer tout cela.”

ment. Je dirais même du management émotionnel. Parce que les
gens sont pleins de bonne volonté. Ils travaillent avec leurs tripes,
mais, parfois, ils veulent aller trop
loin, ce qui peut être délétère car
si on ne faisait pas attention, à
la fin, les secouristes allaient se
rendre indisponibles sur des missions où on avait besoin d’eux.”
Combien de temps ont duré ces
missions et dans quelles conditions se sont-elles déroulées ?
Avez-vous travaillé en collaboration avec d’autres organisations ?
«L’essentiel des missions a été réalisé pendant toute la période du

premier confinement. Même si, à
la fin, c’était tout de même beaucoup plus calme.
Sinon, oui, nous avons travaillé
en collaboration avec d’autres
organisations. Il y a eu les SAMU,
les ARS (Agences Régionales de
Santé, ndlr), les Préfectures… La
gestion interassociatives était davantage réalisée par les Comités
Départementaux que réellement
par le National. Par contre, nous
avions les remontées de terrain.
En effet, les gens ont des habitudes et la volonté n’était pas de
tout centraliser. Notre principale
mission était d’être garants de

En quoi ces missions ont-elles
été différentes des autres ?
“C’était nouveau déjà parce que
c’était la première fois qu’on gérait une pandémie. Ça, c’est un élément important. Ce qui est aussi
important c’est que nous étions
plus habitués à des missions de
sécurité civile avec les Préfets
comme intervenants. Là, je dirais
que pour la première fois, on a essentiellement travaillé avec des
SAMU et/ou des Agences Régionales de Santé. Et ça, pour nous,
c’était totalement inédit.”
En quoi ces missions ontelles été formatrices pour
vous et pour vos équipes ?
“Comme je le disais, parce que c’est
nouveau, déjà. Donc quand c’est
nouveau, on se forme. Cette crise a
également prouvé notre capacité
à nous adapter. Ça, c’est vraiment
très intéressant. En outre, grâce à
des retours d’expérience, on peut

procéder à une évaluation de nos
missions. Parce que je ne pense
pas que nous soyons tirés de cette
pandémie, et qu’il est fort possible qu’on ait encore à se pencher
là-dessus.”
Pourquoi est-il important pour
vous que la FFSS se soit ainsi engagée durant la crise de la COVID-19
“Parce que ce sont nos valeurs.
C’est notre raison d’être. Notre raison sociale. C’était une évidence.
Si nous ne sommes pas là-dessus,
il vaut mieux qu’on aille sur une
fédération de pêche, de belote ou
de boules ! C’est le cœur de nos
valeurs.”
Qu’est-ce que votre engagement durant ces missions vous
a apporté sur un plan personnel
? Et quel bilan en tirez-vous ?
“Dans la période de confinement,
où les gens étaient chez eux, je
me suis senti utile. Et le fait d’être
utile, c’est quand même pas mal !
Donc j’en tire effectivement un
bilan positif. Malheureusement
positif, parce qu’on aurait très bien
pu se passer de cette crise. De
manière concomitante, il y avait
la gestion de cette crise, mais il y
avait aussi la survie de nos associations à gérer. Moi, par exemple,
je gère une grosse association
avec neuf salariés. Début mars, je
ne savais pas si on allait pouvoir
maintenir le personnel, avoir du
chômage, … Il y a aussi une crise
économique associée à cette crise
sanitaire.”
Enfin, si vous deviez garder une
image en tête, quelle serait-elle ?
“Ce serait l’écran de la visioconférence avec l’ensemble
des associations où il n’y avait
pas de présentiel, mais où tout
le monde était là. Grâce à Zoom,
nous avions tous ces visuels, toutes
ces vignettes où il y avait tous les
représentants des clubs et des
gens qui agissaient sur le terrain.
Malgré l’éloignement, il y avait
tout de même ce lien, ce contact.
C’était vraiment quelque chose de
nouveau qui me marquera. Même
si, à la fin je ne voulais plus de ces
visios, je trouve que ça a été un
moment fort.”n

Le Mag des territoires Résilients : Edition spécial covid-19

17

RETEX

ADRIEN THÉVELEIN
COMMISSION NATIONALE
OPÉRATIONNELLE - CHARGÉ DES SIC

A

drien Thevelein a
33 ans. Papa d’une
petite fille de 2 ans, il
cumule plusieurs casquettes à la FFSS, dont celle de
Directeur Opérationnel National
Adjoint en charge des Systèmes
d’Information et Communication. Engagé depuis 17 ans,
Adrien revient sur les étapes
clefs qui ont marqué l’évolution numérique de la fédération
durant la crise de la COVID-19.

Afin de faire face à la crise, vous
avez mis en place de nouveaux
outils numériques. Pouvez-vous
nous en parler ?
“L’état d’urgence sanitaire a
conduit la fédération à activer
sa gestion de crise et, depuis
le 15 mars 2020, il n’y a pas eu
de relâchement dans la gestion
des outils. Bien entendu, nous
ne sommes pas sur le même
niveau d’activité puisqu’au début
il fallait tout mettre en place,
c’était de la véritable gestion
de crise et on ne comptait ni
les heures ni les jours. Progressivement, on est redescendus
en activité puisque les outils
fonctionnaient. Techniquement
parlant, à ce moment-là, il n’y a
plus rien à faire mis à part de la
surveillance, du point de situation et de l’extraction, donc de la
conduite d’opération et du commandement.
Puis, la deuxième vague est
arrivée et a correspondu, pour
la FFSS, à de nouvelles missions comme l’hébergement et
le dépistage. Qui dit nouvelles
missions dit nouveaux outils à
mettre en place. Il fallait aller
vite, il fallait de l’astreinte,
des formations, de l’accompagnement pour répondre aux
questions et il fallait améliorer
l’outil. Arrivé là, le système fonctionnait et on est de nouveau

18

redescendus sur de la conduite.
Aujourd’hui, avec la vaccination
et les médiateurs TAP (Tester,
Alerter, Protéger), le schéma se
reproduit avec une nouvelle
vague de travail et d’astreinte
avec de nouvelles problématiques.
Aujourd’hui, nous développons
en permanence de nouveaux
outils afin de répondre aux différents besoins et commandes.
Lorsque le besoin ne sera plus
exprimé, ces outils cesseront
d’être utilisés. Notre courbe de
développement de produits est
donc plus ou moins calquée sur
celle de la COVID et plus les
missions évoluent, plus il faut
recréer d’outils et avancer dans
la recherche de nouvelles solutions pour faciliter notre vie et
celle des personnes sur le terrain. La question a toujours été
de savoir : comment va-t-on organiser cette situation inédite, à
l’ampleur sans précédent et aux
conséquences inconnues ?
ADAPTATION DES OUTILS NUMÉRIQUES
Concernant les outils numériques plus particulièrement,
nous avons d’abord instauré l’outil de gestion fédéral “éOS” pour
la gestion des missions COVID
sur l’ensemble du territoire. Cet
outil se matérialise par un site Internet que nous utilisons pour la
gestion du personnel (savoir qui
est disponible à quel moment),
des missions et de la main courante. C’est l’outil du quotidien
qui permet d’enregistrer toutes
ces informations. Néanmoins, il
a pris une importance phénoménale pour la gestion de la COVID
car cela nous permet d’entrer
dans le détail de l’engagement
de la fédération et d’avoir une
image réelle de ce qu’il se passe
sur le terrain. Sans cet outil, nous

Le Mag des territoires Résilients : Edition spécial covid-19

“A ce moment-là, j’ai 3 secondes
pour répondre et nous engager,
moi et la fédération, dans ce projet pour le ministère de l’Intérieur.”

sommes sourds, aveugles.
De plus, on demandait toutes
les semaines aux 400 structures
nationales une remontée statistique avec un formalisme très
particulier imposé par les ministères. Les statistiques que nous
fournissons étaient donc celles
extraites d’éOS ainsi que toutes
celles qui étaient demandées
par les différents services et différents ministères. Outre la mise
en place d’un tableau partagé en
ligne, cela représente des milliers d’heures de contact avec
les gens en visioconférence et
audioconférence, au téléphone
direct, sur de la communication
mail…
Aujourd’hui encore, l’activité
n’est pas la même sur tout le
territoire bien que le virus se
soit largement répandu. Néanmoins, avec les missions “Tester,
Alerter, Protéger” (TAP) l’activité
est en train d’exploser dans tous
les départements. On arrive aujourd’hui au point où éOS a été
modifié pour éviter de demander des statistiques. Ça a donc
demandé une adaptation, une
reprogrammation ou la création
de certains outils, pour répondre
à la demande des différents ministères au fil des missions.
SYSTÈME INSTAVOX
Afin de nous aider dans nos
missions, nous avons également
mis en place le système Instavox,
développé et géré par la société
Novelad. Il s’agit d’un système
qui fonctionne soit sur des radios
spécifiques type smartphone
adapté ou bien sur tout support
de type smartphone classique,
tablette numérique, etc. Là, on
est à 100% dans le monde numérique, en 3G/4G. Cela permet
de faire de l’envoi de message, la
voix “radio” comme sur une radio
standard, de la géolocalisation
et de la vidéo en temps réel,
comme les caméras piétons des
pompiers ou de la police. Le but
n’est pas de surveiller les faits
et gestes du cadre opérationnel
qui va porter le dispositif mais
d’avoir une vision, au niveau de
l’assemblée de gestion de crise,
en temps réel de ce qu’il se
passe sur le terrain. Par exemple,
durant les missions Chardon, on

avait la vision en temps réel,
dans le véhicule, mais aussi dans
la gare. Ainsi, même à distance,
on a la “température” du terrain.
Ce qui fait qu’au lieu d’avoir une
salle de gestion de crise comme
on l’a un peu partout : sourde et
aveugle, où la seule chose qui
permet de voir ce qu’il se passe
sur le terrain c’est soit quelqu’un
qui appelle en visio, soit les
médias, ici on peut visualiser
le terrain en instantané. Éventuellement, il est donc même
possible d’interagir. On parvient
également à communiquer avec
nos collègues de Martinique en
temps réel. Habituellement, la
gestion de crise est très “terrain”,
très géolocalisée à un instant
T, et on ne parvient pas à faire
la remontée d’informations.
Avec ce système, on peut avoir
la gestion purement terrain sur
un des canaux de la radio et,
sur un autre canal, une liaison
avec la salle de gestion de crise
nationale. Vu le nombre d’activités et d’intervenants dont on
avait besoin en pleine période
de crise, ça permettait aussi de
délocaliser toute la gestion des
départs et arrivées, la gestion
des interventions et des bilans.
En termes de fonctionnement : il
y a un seul opérateur par département qui va faire de la saisie,
qui va prendre les bilans et les
informations. Si on n’avait pas
eu ce système, il aurait fallu des
opérateurs quasiment tous les 5
kilomètres parce que la portée
radio était réduite. C’est une rationalisation de l’humain grâce
aux outils numériques.
Parallèlement, il y a eu une mise
en œuvre des visioconférences
nationales. Le but était de faire
des points très réguliers (une fois
par semaine voire tous les 2 ou
3 jours) avec des outils simples
d’utilisation (Zoom, Google Meet,
etc.) pour que tout le monde ait
les mêmes informations. Du fait
de leur nombre considérable, de
leur “durée” de vie très réduite
et de la situation sanitaire, il
n’était plus possible de se voir
et le temps de préparation de
la réunion n’était pas suffisant.
Il y avait aussi des visioconférences au niveau des territoires.
Cela permettait de coordonner

les moyens d’une zone, en lien
avec la salle de gestion de crise
nationale.
MISE EN PLACE DE L’APPLICATION éOS COVID POUR LA
DIRECTION GÉNÉRALE DE LA
SÉCURITÉ CIVILE ET DE LA GESTION DES CRISES (DGSCGC)
Enfin, nous avons adapté nos
sites éOS pour les centres de
dépistage dans les aéroports. La
problématique de ces missions
était : comment allons-nous
pouvoir gérer le dépistage de
tout un débarquement en l’espace d’une heure sachant que
l’outil mis en place (SIDEP (Système d’Information de DEpistage
Populationnel)) ne permet pas
de faire de la gestion de flux ?
L’idée était donc de mettre en
place un outil parallèle facilitateur afin d’être les plus opérants
pour tester le plus de monde
possible en le moins de temps
possible tout en respectant les
procédures étatiques.
Qu’est-ce que votre engagement durant cette mission vous
a apporté sur un plan personnel
? Et quel bilan en tirez-vous ?
“C’est une aventure que je n’aurais jamais pu imaginer. Je fais
du secourisme depuis 17 ans,
j’ai suivi de nombreuses formations et maintenant je forme les
cadres à la gestion de crise, mais
à aucun moment j’aurais pu imaginer qu’on allait se retrouver là.
On imagine tout, mais le jour
où on est dedans, il faut faire
et il faut imaginer la capacité
de réaction à avoir quasiment
à l’instant T. Quelquefois, il faut
trouver la solution dans la seconde, quasiment.
Le challenge est très intéressant parce qu’il faut faire et on
n’a pas le choix. Il faut répondre
et proposer la ou les bonnes solutions car il faut réussir. Si on
ne réussit pas, les conséquences
humaines peuvent être très problématiques voire gravissimes.
Les gens ne se rendent pas
compte que la technique, la
technologie et tout ce qu’on
peut demander comme statistiques, etc. sont extrêmement
importants pour permettre
l’engagement terrain. Cet engagement n’existe que parce qu’il

y a une sollicitation et cette sollicitation, on ne peut y répondre
qu’en connaissant l’engagement
terrain. Je réalise donc ce travail
de fourmi en back-office, totalement invisible pour les gens,
et pourtant indispensable. On
ne peut pas envoyer une ambulance sur le terrain si elle n’a pas
de moyen de communication. La
technologie permet de rendre
l’engagement terrain efficient.”
Si vous deviez garder une image
en tête, quelle serait-elle ?
“Le jour où on était à Orly pour
présenter éOS COVID. La présentation s’est faite sur mon
ordinateur portable posé sur au
départ sur une poubelle (propre
!). On me demande de présenter
l’outil plus en détail. On s’installe
à une table. On m’interroge alors
: est-ce que cet outil prévu pour
Orly peut fonctionner au niveau
national ? A ce moment-là, j’ai 3
secondes pour répondre et projeter notre fédération, dans ce
projet. Oui : si l’outil est capable
de gérer un aéroport, il pourra en
gérer deux, trois, quatre…
L’image que je garderai sera
comment, en 30 secondes, avec
une présentation faite au coin
d’une table, la technologie
permet d’être plus efficient et de
se dire que notre outil qui a été
développé très rapidement pour
répondre à un besoin interne va
finalement répondre à un besoin
étatique et être proposé dans
tous les aéroports. Une semaine
après, j’étais en train de former
les opérateurs du COGIC et nous
avons passé une soirée à créer
tous les comptes et tous les aéroports de France dans l’outil.
Tout est hors-norme dans cette
crise. Il n’y a rien de cohérent, de
normal… La crise COVID, pour
notre fédération, est une profonde rupture de la normalité car
on crée chaque jour, et on arrive
à faire des choses impensables il
y a encore peu de temps. La FFSS
qui était quasiment absente des
radars, qui faisait ses dispositifs
de secours et qui grossissait au
fur et à mesure a, aujourd’hui,
montré son expertise de secours
technique.”n

Le Mag des territoires Résilients : Edition spécial covid-19

19

RETEX

KAMIL BELKHELLADI
COORDINATEUR PARIS GRANDE COURONNE

Madame la Ministre Annick GIRARDIN (Ministre des Outre-m

“En 1 an, j’ai pris 10 ans d’expérience.”
Kamil a 41 ans. Secouriste bénévole dans une Association Agréée
de Sécurité Civile (AASC) depuis
1998, il a intégré la FFSS en 2010.
Actuellement chargé de projet
sur les grands événements, Kamil
nous explique être impliqué sur
des événements/dispositifs de
très grande envergure commes
des Coupes du Monde, Jeux Olympiques (2024), Grands Prix de
Formule 1, … qui nécessitent une
coordination, une mise en place
longue et difficile, avec beaucoup
de personnels et de moyens. “Mon
travail c’est d’aller de la demande
et de l’analyse des besoins à la
composition d’une ingénierie de
sécurité civile et de la mise en
place d’un dispositif jusqu’à la
gestion opérationnelle le jour de
l’événement, etc.” Ce bourreau de
travail est également gérant d’un
centre de formation dans le domaine de la santé.
Vous gérez la crise de la
COVID-19 en tant que coordi-

20

nateur Paris grande couronne.
Pouvez-vous nous parler de vos
actions et différentes missions ?
“Ce qu’il faut avant tout comprendre c’est qu’en région parisienne, la FFSS était presque
inexistante ces 10 dernières années. On a commencé à réellement nous connaître quand j’ai
géré l’Euro 2016. Auparavant, il n’y
avait pas ce niveau d’expertise. On
est vraiment montés en puissance
ces 5 dernières années.
Depuis
mars,
j’ai
géré
plusieurs
phases
:
Tout d’abord, il y a eu la phase
d’urgence où il a fallu gérer les
secours sur la région parisienne.
Cette phase comprend la mise à
disposition des VPSP (Véhicule de
Premier Secours à Personnes, ndlr)
au profit des SAMU et les missions
Chardon (transport des patients
vers les gares et accompagnement
dans les trains pour transférer les
patients vers d’autres régions afin
de désengorger les hôpitaux.)

Le Mag des territoires Résilients : Edition spécial covid-19

Deuxième phase : la mise à disposition et la gestion, avec l’ARS,
de renforts dans les EHPAD. De
l’analyse des besoins, la création
de la mission et de l’identification
des personnels et de leurs compétences à la coordination des personnes qui gèrent les plannings.
Troisième phase : j’ai géré, en lien
avec la préfecture, le ministère
de l’Intérieur et l’ARS la mise en
place de dépistages massifs notamment aux arrivées dans les aéroports. Autrement dit, le contrôle
sanitaire aux frontières des passagers arrivant sur le territoire
français. Parallèlement à cela, il y
a des missions transverses : gestion de planning et gestion opérationnelle (interventions). Il a
également fallu gérer des hébergements puisqu’il fallait s’assurer
que les personnels ne rentrent
pas chez eux avec la COVID. Qui dit
hébergement dit 3 repas par jour.
Donc une organisation pour trouver des partenaires et des pres-

tataires pour qu’on puisse nourrir nos personnels. La troisième
chose que nous avons instaurée
sont des centre de décontamination des véhicules, du matériel et
du personnel. On voulait s’assurer
que personne ne rentre chez soi
avec la COVID donc on a créé un
circuit de décontamination dans
différentes villes. Mon travail a été
de trouver les lieux, d’organiser les
espaces et circuits. Systématiquement, mon objectif c’est : analyser
le besoin, en lien avec les institutions bien entendu (ARS ou préfecture), et mettre le dispositif en
place. Une fois qu’il est en place,
qu’il est coordonné et organisé, je
me “retire” du dispositif et je ne le
surveille que de loin car d’autres
vont s’en occuper. J’ai fait le lien
avec les communes, trouvé le lieu,
identifié les chemins et parcours.
Puis, j’ai laissé les chefs de centres
et cadres opérationnels réaliser la
mise en place, la mise en œuvre et
la gestion au quotidien.”

mer du 17 mai 2017 au 6 juillet 2020)

Combien de temps ont duré ces
missions et dans quelles conditions se sont-elles déroulées ?
Avez-vous travaillé en collaboration avec d’autres organisations ?
“Certaines de ces missions durent
depuis bientôt un an puisqu’elles
ont débuté en mars 2020. Concernant les conditions, comme dans
toute crise, il y a une phase d’urgence qui nécessite une mise en
œuvre rapide et immédiate pour
répondre à l’urgence qui va durer
en général entre 2 et 4 jours. On
va dire que la première semaine
a été compliquée car il fallait tout
de suite répondre à la demande
mais on n’avait pas d’hébergement, de prestataire de repas, …
Donc on a travaillé pour trouver
des solutions. Puis, il y a eu une
phase de stabilisation durant laquelle on s’organise ou se réorganise de manière à durer dans
le temps. On est même encore dedans ! En outre, les difficultés que
l’on a c’est qu’on ne finit pas une
mission qu’une deuxième démarre
déjà. En principe, une crise, une
catastrophe est limitée dans le

temps. Il y a la crise, la gestion de
la crise et ensuite le retour à la vie
normale. Or, là, on nous demande
de travailler comme si nous étions
en gestion de crise depuis un an.
On ne parvient jamais à clôturer
quelque chose et à se reconstruire
avec un retour à la vie normale.
Également, dans l’analyse des besoins, on s’interroge sur le niveau
d’acceptation que l’on peut avoir
pour nos bénévoles et secouristes
sur certaines missions. Il faut que
nous sachions placer le curseur
pour pouvoir dire “j’accepte cette
mission telle qu’on me la propose”
ou je la retravaille avec les institutions pour définir ce qu’on accepte
et non. De plus, nous sommes dans
une crise sanitaire inédite pour
des secouristes qui dépendent
du ministère de l’Intérieur et non
de la Santé. Or, on a transformé
le métier de “secouriste de sécurité civile” en métier de “secouriste sanitaire”. Il ne s’agit pas des
mêmes textes de loi et formations,
il y a beaucoup de différences. Il
a donc fallu qu’on étudie en urgence, dans le cadre de la crise,
des missions nouvelles pour le
secouriste, pour rester dans notre
cadre sans détériorer ses conditions de travail. Concernant les
collaborations et les partenariats,
il y en a deux sortes. Tout d’abord,
les partenaires institutionnels.
Ce qu’il faut comprendre c’est
que d’un point de vue national,
on se parlait entre associations
nationales (par exemple la FFSS
nationale avec la Croix-Rouge
nationale) mais d’un point de
vue local, les associations travaillaient rarement ensemble. Désormais, c’est beaucoup plus le cas.
Ensuite, il y a les partenaires privés. Par exemple, le constructeur
automobile Ford France, qui a mis
à notre disposition des véhicules
pour mener à bien nos missions,
ainsi que d’autres entreprises
qui nous ont fourni des repas ou
des denrées alimentaires, comme
Daco Bello.”

Considérez-vous que ces missions
ont
été
formatrices
pour vous et vos équipes ?
“Complètement ! En 1 an j’ai pris
10 ans d’expérience. Ca nous fait
tout de suite passer à des niveaux d’expertise qu’on n’avait
pas car on doit mobiliser différentes compétences. En termes
d’expérience
organisationnelle,
on est passés de structures qui
avaient parfois 1 ou 2 salariés, à
des chiffres beaucoup plus importants (environ 70 salariés par jour
à Orly). Également, les personnels
de terrain ont mené des missions
qui n’étaient pas habituelles pour
les secouristes. Ils se sont transformés en secouristes dans le
monde de la santé et ils ont pris
beaucoup d’expériences. Quand ils
ont fait des gardes SAMU, ça leur
a donné de l’expérience de terrain
car ils ont réalisé beaucoup d’interventions en très peu de temps,
mais ça, c’était davantage leur
quotidien de secouriste. Aussi, la
place des AASC a été prépondérante dans cette crise parce qu’il
y a une facilité de réaction. Les
associations sont beaucoup plus
malléables que des structures
étatiques. De ce fait, beaucoup de
missions qui ne nous étaient pas
dévolues ont glissé vers les AASC.”
Pourquoi est-il important pour
vous que la FFSS se soit ainsi engagée durant la crise de la COVID-19 ?
“Parce que c’est notre mission.
Répondre à ce type de demandes
fait partie de notre projet associatif. De plus, cela permet un rayonnement de la troisième structure
française en termes de dimensionnement. Ça a aussi conforté
la place de la FFSS dans la sécurité civile et montré le savoir-faire
de la Fédération qui, jusqu’alors,
n’était connue que départementalement ou régionalement. De
plus, c’était aussi important économiquement. Cela a permis de
sauver beaucoup de structures qui
auraient pu disparaître car elles
n’avaient plus d’activité à cause
du confinement. Enfin, d’un point
de vue statutaire, ça nous a ouvert
des portes que nous n’arrivions
pas à ouvrir avant. L’autre point

important, c’est que nous sommes
une fédération sportive. Ce lien
entre sécurité civile et sport a
été très fort pendant la crise
puisqu’on a réussi à mobiliser le
monde sportif pour les besoins
de la sécurité civile. Cette force-là
du monde sportif est très reconnue grâce à ses valeurs comme
l’esprit d’équipe, la résistance à la
difficulté ou encore le fait de ne
pas compter ses heures, etc. Le fait
que des sportifs soient intervenus
a permis non seulement de rajeunir notre engagement, d’avoir une
résistance beaucoup plus importante et longue, et d’avoir autant
d’engagés que d’autres fédérations qui, sur le papier, ont beaucoup plus de personnels.”
Votre fonction au sein de ces missions a-t-elle renforcé votre engagement et celui de vos équipes ?
“Oui, car je redécouvre mon métier
par un autre biais que celui que je
connaissais avant cette crise sanitaire. Ce renouvellement a vraiment renforcé notre engagement
à tous. On a d’ailleurs eu une recrudescence des bénévoles parce
que les missions changeaient des
habituelles.”
Qu’est-ce que votre engagement durant ces missions vous
a apporté sur un plan personnel
? Et quel bilan en tirez-vous ?
“Ça m’a prouvé mon adaptabilité
à des missions inédites. Je pensais avoir déjà fait beaucoup de
choses et tout type de choses, or
je me rends compte que je continue à en découvrir. C’est donc très
enrichissant.”
Enfin, qu’est-ce qui vous aura le
plus marqué durant cette crise ?
“La capacité de résilience. Autant
la mienne que celle de la fédération. Parce que je me suis rendu
compte que je pouvais faire des
journées de 18 heures de travail
pendant 3/4 mois d’affilés. On travaille 7 jours sur 7 depuis bientôt
un an maintenant.”n

Le Mag des territoires Résilients : Edition spécial covid-19

21

RETEX

KÉVIN
BEAULANDECHOUIN
COORDINATEUR DES MISSIONS
CHARDON À PARIS

“Le moment le
plus délicat était
la sortie du brancard sur le quai
de la gare.”

ANTHONY DESSEIN
Durant la crise sanitaire, le département du Nord s’est lui
aussi engagé dans la lutte contre le virus. Rencontre avec
Anthony Dessein, qui a assuré la réponse opérationnelle
de la FFSS 59 face à la COVID.

J

’ai 38 ans et je suis Sapeur-Pompier
professionnel aujourd’hui affecté à la
direction départementale du SDIS 59 où
je suis chargé de la mise en oeuvre de la
réforme de la formation des sapeurs-pompiers,
dans nos multiples emplois, et du contrôle qualité.
J’ai intégré le secteur associatif à l’âge de 15
ans et très rapidement au sein de la FFSS. En
2005, j’ai créé ma structure affiliée à la FFSS sur
l’agglomération lilloise puis j’ai évolué au sein
de celle-ci. J’ai notamment occupé des fonctions nationales jusqu’en 2017. Aujourd’hui, je
suis toujours dirigeant de la structure locale, en
plus d’assurer la présidence départementale et
régionale.
Mes premiers pas dans le monde du secours à
personnes ont été associatifs et je n’ai jamais
quitté ce milieu depuis. C’est un secteur que je

22

qualifie de très riche en expériences, tout particulièrement d’un point de vue humain.
Concernant mes missions, je suis chargé d’animer les actions régionales, départementales
et locales. Je mets en œuvre une politique dynamique, de proximité, avec bienveillance et
rigueur. Mon rôle est d’être fédérateur et facilitateur tout en imposant une rigueur subtile en lien
avec nos missions. J’évolue auprès des bénévoles,
volontaires et salariés qui composent les structures attachées à ma gestion sur les multiples
vitrines de notre fédération (opérationnel, formatif et sportif).”
La FFSS 59 dont fait partie Anthony s’est également engagée pour une mission d’une nuit en
Angleterre, les 23 et 24 décembre 2020. L’objectif : dépister massivement les usagers de la route
bloqués outre-Manche.n

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K

évin Beaulande-Chouin a 26
ans. C’est sa passion pour le
secourisme qui l’a encouragé à s’engager depuis maintenant
7 ans au sein de la fédération. Il
est aujourd’hui vice-président de
l’association Secouristes du Loiret
et intervient en tant que cadre
opérationnel.
Vous avez été amené à coordonner
les interventions des secouristes
durant les missions Chardon à
Paris. Pouvez-vous nous en parler ?
“Nous sommes intervenus sur 4
trains médicalisés. Le premier ne
demandait que des secouristes
pour être dans le train. Les trois
autres nécessitaient des VPSP
pour faire les trajets hôpital gare, ainsi que des équipiers pour
faire le transport dans le TGV.
Ces missions étaient sans précédent. Nous étions alertés 24 à
48 heures avant par le SAMU qui
faisait une expression de besoin.
En collaboration avec la CroixRouge Française et l’Ordre de
Malte, nous faisions une réponse
commune.Concernant la FFSS, il
fallait trouver, en 24 à 48 heures,
entre 5 et 7 VPSP avec un binôme
dans chaque et entre 4 et 7 équipiers pour le train en plus de nos
équipes déjà engagées sur les
autres missions. Je ne prenais pas
les décisions seul, j’étais épaulé
par ma direction (Stéphane VOISIN
et Kamil BELKHELLADI), c’était un

vrai travail collaboratif.Nous avons
fait appel à plusieurs départements
pour venir nous renforcer. Les
secouristes étaient vraiment très
réactifs dans leurs réponses ce qui
nous a permis de mettre en place
ce dispositif, même si le temps
de préparation était très court.
Nous avions les horaires de
rendez-vous et la marche générale des opérations moins de 12
heures avant le début du dispositif.
Le rendez-vous à la gare était aux
alentours de 4h du matin pour
chaque Chardon. Je réunissais
l’ensemble des équipes une heure
avant sur notre centre logistique
situé en région parisienne pour
effectuer un briefing puis nous
partions sur la gare d’Austerlitz.La
collaboration avec la Croix-Rouge
Française et l’Ordre de Malte était
parfaite. Aucun de nous n’était
préparé à un dispositif tel que
celui-ci et nous avons fait évoluer
l’organisation du dispositif au
fur et à mesure des Chardon en
réfléchissant à ce qui fonctionnait
et ce qui fonctionnait moins bien.
En fait, nous avions deux dispositifs dans un seul. Le premier
était le transport dans les TGV, le
deuxième était le transport des
patients des réanimations parisiennes vers la gare d’Austerlitz.
Mon rôle était de coordonner sur le
terrain les équipes VPSP, de m’assurer de la bonne compréhension
des consignes de brancardage
(méthode de transport d’un malade
ou d’un blessé sur un brancard,
ndlr) pour les équipiers du train. Les
VPSP étaient ainsi composés d’un
binôme secouristes (conducteur et
équipier) et de l’équipe médicale.
Le moment le plus délicat était la
sortie du brancard sur le quai de
la gare. Nous étions deux cadres
pour gérer la sortie du véhicule.
Le brancardage dans le train était
quant à lui coordonné par le SAMU.
Une mission Chardon durait
environ 4 heures à la gare. Il y
avait 2 heures de trajet pour s’y
rendre et une heure réservée pour
le briefing des équipes. Après la
mission, un centre de décontamination était installé à l’arrière de

la gare d’Austerlitz. Il fallait donc
compter un départ entre minuit et
1h de notre centre opérationnel
(45) pour un retour aux alentours
de 15h.”
Evidemment, ces missions ont nécessité une adaptation particulière.
Comment s’est-elle matérialisée ?
“Missions d’envergure exceptionnelle signifie logistique exceptionnelle.Nous devions armer les
VPSP de 4 bouteilles d’oxygène
et de prises de courant fonctionnelles pour pouvoir faire fonctionner les respirateurs. Nous avons
également dû fournir des snoggs
(brancard de catastrophe, ndlr)
et des sangles pour installer les
brancards dans le train. En collaboration avec le SAMU et les
autres AASC, nous avons établi
des protocoles qui ont évolué au
fur et à mesure des missions. Le
risque de contamination étant important avec un risque d’aérosolisation du virus accru, seul l’équipier du VPSP était au contact du
patient. Le conducteur était uniquement chargé de la conduite.
Le brancardage dans le train était
particulier, les brancards ne pouvant pas entrer dans le train, les
secouristes devaient porter le MID
(matelas immobilisateur à dépression, ndlr) avec le patient et tout
le matériel médical avec les bras.
Puis, à l’intérieur, il était demandé
aux secouristes de faire la “tortue”
en portant le MID avec le dos. Les
secouristes ont fait preuve d’une
grande qualité d’adaptation et
étaient vraiment à l’écoute.”

Enfin, lorsque nous lui demandons quelle image il gardera en
tête, Kévin nous répond : “Le dévouement des bénévoles toutes
associations confondues. Il y avait
vraiment une très bonne cohésion
d’équipe et une envie de bien faire.

Je garde également en tête ce moment où j’étais seul sur le quai à
regarder le TGV et à voir toutes ces
personnes intubées-ventilées. Un
arrêt sur image où l’on peut voir
l’ampleur de la crise sanitaire que
nous venons de vivre.”n

En quoi votre fonction au sein
de ces missions a-t-elle renforcé votre engagement ?
“Ce sont certaines des plus belles
missions que j’ai eu à réaliser.
L’aide apportée lors de ces missions et cette cohésion d’équipe
que nous avons trouvée malgré
la situation catastrophique n’ont
fait que renforcer mon engagement. J’ai retrouvé toutes les valeurs du secourisme lors de cette
mission, celles pour lesquelles
j’ai intégré la FFSS il y a 7 ans.”
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CHARDON

MARTIN SCHNEPP
COORDINATEUR D’UNE MISSION CHARDON À STRASBOURG

M

artin Schnepp a 39 ans.
Engagé à la fédération
depuis 2000, Martin dirige
et coordonne sa propre structure. Il
est même, concomitamment, président de l’association Sauveteurs
Secouristes de Niederbronn-lesBains et Environs et président du
Comité départemental de la FFSS 67.

Durant la gestion de crise de la
COVID-19, vous avez été amené à
coordonner la mission Chardon à
Strasbourg. Pouvez-vous nous en
parler ?
“Effectivement, nous avons coordonné une mission Chardon à
Strasbourg le 26 mars. Dans un
premier temps, toutes les associations et fédérations ont eu un
rendez-vous à 04h00 au SAMU 67
pour le briefing à 04h15. C’était eux
qui nous donnaient les informations
sur la mission à effectuer. Chacun
avait donc un numéro de patient à

24

récupérer dans un CHU. Nous avons
alors procédé aux transferts des
personnes COVID-19 d’un centre
hospitalier à la gare SNCF de Strasbourg puis dans trois TGV différents.
Cela durant toute la matinée.
Pour les secouristes, c’était une
première. Transférer la victime de
l’ambulance dans le TGV n’était pas
évident pour eux car c’était vraiment étroit. Le brancardage était
très difficile. Même si les sièges
étaient couchés au maximum, il
fallait malgré tout soulever les
brancards. Le wagon en lui-même
n’était pas très haut non plus, donc
c’était très “sportif”. En plus de cela,
avec tout le matériel, que ce soit la
machine (le respirateur), l’oxygène, …
Circuler dans le couloir, aussi… Bref,
tout cela était assez complexe et
très fatiguant pour les secouristes.
Accéder aux services de réanimation
était également inédit. Pour certains,
cela était assez émouvant et cho-

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quant, car voir les personnes ainsi,
ce n’est pas évident. Pour certains
c’était dur, pour d’autres c’était bien.
“Bien” dans le sens de vivre cette
expérience ! Pas le malheur des
personnes, bien entendu. Mais de le
vivre en se disant “on sert à quelque
chose pour le citoyen public”.
C’était également challengeant.”
On suppose qu’être ainsi valorisés
était très encourageant pour les
secouristes ?
“Ils ont effectivement apprécié être
valorisés, mis en avant et reconnus
durant ces missions. Le public extérieur, les voitures qui se poussaient,
les gens qui applaudissaient dans
les rues, ... Même si c’était une mission plus ou moins “secrète”, il y
avait des gens qui attendaient, qui
étaient dans la rue et qui applaudissaient lorsqu’on passait avec les
ambulances. Ou par leur fenêtre !
Et ça, pour les secouristes, c’était

Video youtube

incroyable !
Ces missions les ont rendus fiers et
ça les a changés de leur quotidien et
de leurs habitudes. Par rapport aux
postes de secours et les formations,
c’est différent. C’est un autre monde.”
Combien de temps a duré la mission
Chardon et dans quelles conditions
s’est-elle déroulée ? Avez-vous travaillé en collaboration avec d’autres
organisations ?
“La mission Chardon a duré 7
heures, de 04h00 à 11h00, dans
la plus grande discrétion et avec
des protocoles et conditions très
strictes. D’autres AASC ont prêté
main forte dont la Croix-Blanche, la
Croix-Rouge, l’ADPC (Association De
Protection Civile, ndlr) et l’Ordre de
Malte. Nous avons eu une bonne entente avec ces organismes. Aucune
association ou fédération ne s’est
positionnée plus haut qu’une autre.
On a travaillé main dans la main.”

Nous le comprenons : cette mission
vous a demandé une adaptation
bien particulière. Comment s’estelle matérialisée ?
“Nous avons dû suivre des protocoles très précis et on nous
incitait fortement à porter les
équipements adaptés (pyjamas,
blouses, surblouses, gants, surgants,
masques, lunettes, charlottes, …). Il
y avait également un matériel très
spécifique comme des respirateurs,
des pousse-seringues... Ca aussi
c’était une première pour nous.
Par ailleurs, nous avons été confrontés à des difficultés pour pouvoir
travailler ainsi. Par exemple, car
ceux qui portent des lunettes dans
la vie quotidienne étaient un peu
embêtés avec celles qu’il fallait
rajouter. De plus, nous avions très
chaud avec les EPI (Equipement de
Protection Individuelle, ndlr). Bien
sûr, c’était pour notre protection
donc c’était nécessaire. Nous étions
au contact de personnes “COVID
positif” donc il fallait faire très attention.
On devait aussi faire très attention
au niveau de l’oxygène, parce que
les respirateurs en consommaient
énormément. Sur chaque transport,
nous devions donc être chargés
en oxygène et avoir au minimum
deux bouteilles de 5 litres. Parce
qu’entre le temps du trajet, le temps
de l’attente et le temps que l’on
sorte la victime de l’ambulance, la
consommation se poursuivait. Après,
le SAMU nous a livré en oxygène.
C’étaient des grandes bouteilles de
15 litres, mais cela a eu lieu bien
après la mission Chardon. Avant,
nous avons donc dû nous dépatouiller autrement.”
En quoi cette mission a-t-elle été
différente des précédentes ?
“Ces missions ont été différentes
dans le sens où un protocole était
à suivre scrupuleusement (désinfection de la cabine de l’ambulance
avant et après intervention, changement d’EPI entre chaque patient).
Il y avait également un nouveau
matériel et du brancardage précis.

De plus, il s’agissait d’une mission
inédite car, pour les secouristes,
il y avait beaucoup de médecins,
beaucoup d’infirmiers, il y avait des
noms médicaux, … C’était donc assez

“Même si
c’était une
mission plus
ou moins
“secrète”, il
y avait des
gens qui attendaient, qui
étaient dans
la rue et qui
applaudissaient lorsqu’on passait
avec les ambulances. Ou
par leur fenêtre ! Pour
les secouristes, c’était
incroyable !”
impressionnant ! Ce sont des choses
que l’on n’a pas lorsqu’on est engagé
sur des postes de secours ou des
formations. Le fait d’être escortés
par la police nationale ou la gendarmerie… pour eux c’était super
impressionnant.
Après, ce qui n’a pas été dit c’est que
ça a duré dans le temps. C’était long
et fatiguant, aussi, pour certains
secouristes.”
Cette mission a-t-elle été formatrice
pour vous et pour vos équipes ?
“Oui, tout à fait ! Nous avons appris
à travailler avec des protocoles
encore inconnus jusque-là. De plus,

les secouristes sont, on va dire,
“demandeurs” pour la deuxième
vague. Ils sont presque tous là.
Bien sûr, ils n’ont pas souhaité que
cela revienne, mais à présent qu’on
nous redemande dans le cadre
d’un éventuel reconfinement, ils
sont là.
Nous n’avons même pas encore
fait la demande auprès des secouristes afin de savoir qui peut ou
ne peut pas s’engager, que déjà, en
amont, ils nous ont dit : “Si jamais
il y a un reconfinement, si jamais
on est de nouveau appelés par la
préfecture ou le SAMU, on y va.”
La condition mise à part, cet engagement spontané des secouristes
doit vous faire plaisir.
“Oui. Personnellement, en tant
que président d’association, cela
me fait plaisir de me dire que j’ai
beaucoup de secouristes qui sont
dévoués et qui sont là dans le
malheur. Contrairement aux DPS
(Dispositif Prévisionnel de Secours,
ndlr) où il faut parfois chercher un
peu de monde pour compléter les
effectifs. Tandis que là, pas du tout.
Mais parce que c’est différent. C’est
formateur, c’est… plein de choses…
Ce sont de nouvelles missions pour
eux.”
Pourquoi est-il important que la
FFSS se soit ainsi engagée durant
la crise de la COVID-19 ?
“C’est important car nous devons
apporter notre aide et montrer
que nous savons faire et que nous
sommes là ! Surtout dans notre
département afin de nous faire
connaître. Encore aujourd’hui, il y
a des nouveaux clients - je parle par
rapport à des postes de secours ou
des formations - qui ne connaissent
pas la FFSS. Donc, pour nous, c’est
important de s’être ainsi engagés
car cela nous fait aussi de la publicité, de la visibilité, on est passés
à la télé, dans les journaux… On
s’est fait voir et, grâce à cela, nous
avons eu de nouvelles demandes
de formations.”

mission a-t-elle renforcé votre engagement et celui de vos équipes ?
“Oui ! A la base, c’est quand même la
Haute Autorité (de Santé, ndlr) qui a
tout géré. Moi, j’ai davantage coordonné mes équipes. J’ai “juste” fait
attention à ce que chacun respecte
bien les protocoles, les destinations
et les missions confiées. Néanmoins, pour moi aussi c’était très
impressionnant. D’ailleurs, c’était
une première pour tout le monde,
même pour la Haute Autorité. Tout
était bien géré et coordonné, mais
c’était inédit pour eux également.
Et ils nous ont remercié et félicité parce que tout le monde a fait
exactement ce qu’il avait à faire
et a respecté les consignes. Ce qui
était valorisant.”
Qu’est-ce que votre engagement
durant cette mission vous a apporté
sur un plan personnel ? Et quel bilan
en tirez-vous ?
“On ne s’attendait pas à une telle
crise. Pour moi, c’était quand même
dangereux et c’était un danger pour
ma famille aussi parce que j’ai des
enfants. Mais je n’ai pas hésité à y
aller et c’est vrai que d’un point de
vue personnel ce n’était pas évident.
Par ailleurs, j’ai compris que chaque
mission était différente et complexe,
et, surtout, que sans nos bénévoles
secouristes je ne suis rien…”
Le fait de vous être ainsi investi
pendant cette crise est une fierté
pour vous ?
“Ah oui. Oui, tout à fait ! C’est une
fierté personnelle et c’est une fierté
de porter mon uniforme. De dire “je
suis la FFSS, je suis là. On va essayer
de gérer ça et on va faire au mieux.””
Dernière question : si vous deviez
garder une image en tête, quelle
serait-elle ?
“Le mélange des fédérations et des
organisations. On était vraiment
soudés.
Je retiens une autre image aussi :
le monde que cela nous a apporté
par la suite.”n

Votre fonction au sein de cette

Le Mag des territoires Résilients : Edition spécial covid-19

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CHARDON

MARINE BARBAUD
COORDINATRICE DES MISSIONS CHARDON À POITIERS

À

seulement 29 ans, Marine
Barbaud est déjà forte d’une
grande expérience dans le
domaine de la sécurité civile. À l’âge
de 18 ans, Marine souhaite exercer
comme nageuse sauveteuse sur les
plages, l’été, et passe donc PSE1
(premier niveau de formation de
secourisme en équipe). “On m’a proposé du bénévolat en échange d’une
évolution des compétences (PSE2
et permis bateau). J’ai tout de suite
adhéré et j’ai maintenu mon engagement pour l’aspect opérationnel,
mais aussi les liens d’amitié qui se
sont créés au sein de l’association
au fil des DPS.”, poursuit-elle. Ensuite
moniteur à 20 ans puis formatrice
de formateur et CEAF (Conception
et d’encadrement d’une action de
formation) depuis 2 ans, cette sapeur-pompier volontaire exerce
actuellement en libéral dans le domaine de la lutte contre la fraude
et la prévention des risques en

26

entreprise.
Moins présente sur les DPS, Marine
s’épanouit aujourd’hui à la FFSS
sur la gestion et l’anticipation de
crise. Elle nous explique que le président du Comité Départemental
du 86 (Vienne) l’a missionnée, il y
a quelques années, pour créer une
unité spécialisée dans le soutien
aux populations. “C’est ainsi que je
suis, depuis 7 ans, la directrice de la
RESEC (réserve de sécurité civile).
Mon rôle est de préparer sur le plan
logistique et humain la réponse aux
différentes crises que l’on peut rencontrer (inondations, COVID…) et
ensuite d’adapter sur le terrain nos
protocoles (tant que possible).”
Durant la gestion de crise de la
COVID-19, vous avez notamment
été amenée à coordonner les arrivées des TGV médicales à Poitiers,
dans le cadre des missions Chardon.
Pouvez-vous nous en parler ?

Le Mag des territoires Résilients : Edition spécial covid-19

“Nous avons été sollicités par le
SAMU 86 comme deux autres AASC
pour faire le transbordement de
cas COVID en gare du Futuroscope vers les ambulances puis le
CHU de Poitiers. Ce fut une expérience incroyable d’un point de vue
logistique ! La rigueur et le professionnalisme de l’ensemble des
intervenants… même bénévoles.
L’heure n’était pas à la rigolade.
En plus de la responsabilité du
dispositif FFSS sur place, j’ai été
nommée cheffe d’équipe sur site
afin de guider une équipe mixte
des AASC durant le transbordement.
Ayant de l’expérience dans les brancardages difficiles, j’ai suggéré la
mise en place de la technique dite
de la tortue qui consiste à positionner un équipier à l’avant et un à
l’arrière puis 2 dessous sur lesquels
reposait le MID. Cette technique
demande beaucoup de coordination
et de force (ergonomie des équipiers dessous), mais l’ensemble des
manœuvres a été un succès et a été
réalisé en un temps record d’après
le responsable du SAMU sur place.
Cette expérience a été renouvelée à
deux reprises durant la crise.”
En plus des missions Chardon,
menées en collaboration avec la
Protection Civile et la Croix-Rouge,
Marine Barbaud nous explique avoir
participé à trois autres actions spécifiques à la FFSS. “A deux reprises,
j’ai participé au soutien et la distribution de l’aide alimentaire avec
des protocoles sanitaires stricts qui
ne pouvaient être appliqués par les
bénévoles ordinaires de la Banque
Alimentaire. Mais aussi au soutien
au relai Jean Charbonnier, centre
social d’accueil de personnes en
situation de précarité (consultations
médicales, écoute, douches, …). Il y
avait 1 binôme de secouristes sur
8 demi-journées, pour pallier les
arrêts de travail des salariés. Enfin,
j’ai fait partie d’un renforcement des
équipes FFSS au niveau national
sur les tests PCR à l’aéroport d’Orly.”
Ces missions vous ont-elles demandé une adaptation particulière ? Et
comment s’est-elle matérialisée ?
“Très vite, j’ai compris que le matériel

type EPI ne serait pas disponible. J’ai
donc pris l’initiative de l’appel aux
dons des entreprises, notamment du
BTP, qui se sont montrées à l’écoute.
Pour les missions Chardon, nous
étions sous la responsabilité du
SDIS et nous portions donc leurs
EPI qu’ils nous fournissaient.
Pour ma part, j’ai mis en place un
protocole sanitaire au sein d’un
établissement sportif qui nous avait
été mis à disposition par la Mairie
de Poitiers. Les bénévoles l’ont ainsi
réalisé en un temps record : moins
de 12 heures. Ce protocole a d’ailleurs beaucoup plu au SDIS… qui
a demandé aux 2 autres AASC de
venir s’installer dans l’établissement
dans le cas de gardes AASC pour du
transport sanitaire.”
En quoi ces missions ont-elles été
différentes des autres ?
“La priorité était la santé des
bénévoles. Qu’ils ne soient pas
malades et qu’ils ne ramènent
rien à la maison… Pour le reste, je
suis à la tête d’une équipe jeune
et dynamique qui a une capacité
d’adaptation et de résilience qui
m’impressionnera toujours. Cependant, il a fallu calmer quelques
ardeurs car tout le monde a voulu
aider (effet confinement, on s’ennuie…), mais il n’y avait pas de
mission pour tous. La priorité a
été donnée aux bénévoles des
associations du département
(Action Sauvetage et autres AASC)
qui avaient, les mois et les années
précédentes, déjà participé à des
situations de crise.”
En quoi ces missions ont-elles été
formatrices pour vous et pour vos
équipes ?
“Pour ma part, cela m’a ouvert les
yeux sur les différentes situations
de crise que l’on peut rencontrer.
Celles que l’on ne peut pas prévoir
(COVID) et pour lesquelles l’adaptabilité est le maître mot ; et puis
celles que l’on peut prévoir (inondations, hébergement d’urgence).
A ce jour nous sommes dans la rédaction d’un plan interne spécifique
aux inondations. Autant écrire et
protocoler nos missions “prévisibles”

publics comptent sur leur professionnalisme. Pour ma part, ça n’a
fait que développer encore plus
mon envie de faire de l’anticipation
de crise.”
Qu’est-ce que votre engagement
durant ces missions vous a apporté
sur un plan personnel ? Et quel bilan
en tirez-vous ?
“Sur un plan personnel, tout simplement la possibilité de dire “j’y
étais”. J’ai pu aider à ma façon, j’ai...
on (les bénévoles et moi-même), a
pu mettre notre pierre à l’édifice
d’un mur (le système sanitaire) qui
s’écroulait.”
Enfin, lorsqu’on lui demande quelle
image elle gardera en tête, Marine
est sûre d’elle : “Ma première entrée
dans le TGV COVID… Tous ces câbles,
ces tubulures, ces bouteilles d’oxygène entremêlées…”n

“Intervenir et soutenir, telle
est notre
devise.”

et en discuter en amont avec les
autorités (Maires, ...) car, durant la
crise, ça n’est plus l’heure.
Quant à mes équipes, elles en tirent
une fierté d’avoir pu être présentes
pour ceux qui en avaient besoin et
d’avoir pu venir compléter l’action
des services publics. Leur permettre
d’agir est un signe de reconnaissance de leur engagement et de
leur professionnalisme.”

Pourquoi est-il important que la
FFSS se soit ainsi engagée durant
la crise de la COVID-19 ?
“Nous nous préparons depuis des
années à toutes sortes de crises.
Nos bénévoles sont impliqués par
des entraînements réguliers, il aurait
été injuste de ne pas les laisser
aider. Intervenir et soutenir, telle
est notre devise.”

En quoi votre fonction au sein de ces
missions a-t-elle renforcé votre engagement et celui de vos équipes ?
“Mes équipes sont aujourd’hui quasiment revenues en “veille” de crise.
Elles sont là et demeurent présentes.
Leur engagement est renforcé par
les aspects émotionnels de cette
crise et sur le fait qu’elles savent
qu’en cas de besoin, les services

Video youtube

Le Mag des territoires Résilients : Edition spécial covid-19

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Centre quatorzaine

VALÈRE CASCA
COORDINATEUR DU CENTRE DE QUATORZAINE DE MARTINIQUE

V

alère Casca est retraité du Ministère de
la Défense et de l’UCANSS (Union des
caisses nationales de Sécurité sociale).
Il retrace avec nous sa carrière au sein de la
FFSS. “Je suis l’un des membres créateurs de
l’Association des Secouristes Martiniquais (ASM)
et du Comité territorial FFSS de la Martinique
(CTFFSSM). Désormais, cela fait un peu plus de
15 ans que nous sommes fédéral, et je suis le
président des 2 entités.”
Vous avez été amené à coordonner la mise en
place et la gestion du centre de quatorzaine en
Martinique. Pouvez-vous nous en parler ?
“Les activités sur le terrain ont commencé le 3
mars par une réunion portant sur l’implication
des AASC animée par le Service Interministériel
de Défense et Protection Civiles (SIDPC).
Notre organisation était la suivante : nous avions
mis en place un Poste de Commandement (PC)
sécurisé sur le plan sanitaire au siège de l’ASM.
La mission du PC consistait à assurer la coordination avec l’ARS, la préfecture, le PC national
FFSS et nos équipes sur le terrain. Ce PC assurait
également la coordination avec l’équipe de logistique qui intervenait au profit des confinés sur
les sites. Pour la gestion des sites, notre stratégie
consistait à mettre une équipe de 4 secouristes

28

qui restait pendant une quatorzaine, puis les
équipes tournaient. Notre effectif global était
entre 10 et 12 personnes.
De plus, je participais tous les jours à des points
de situation avec la préfecture. En parallèle, nous
assurions l’accueil des passagers de l’air qui
devaient rejoindre les centres de confinement
pendant toute la période du 13 mars au 30 juin
2020. Pour chaque période de confinement, je
recevais un ordre de réquisition de la préfecture.
Sur les sites, nous avions en charge l’accompagnement des confinés (gestion du stress),
l’approvisionnement des produits de première
nécessité, la distribution des repas, les modalités
et la mise en place du dispositif de prélèvement
des tests. Les effectifs des confinés étaient compris entre 50 et 130 personnes.
J’effectuais tous les 2 jours un point de situation
avec la Réunion, la Nouvelle Calédonie, Mayotte,
la Guyane et la Guadeloupe. Je faisais alors une
remontée de l’information au national.”
Combien de temps a duré cette mission et dans
quelles conditions s’est-elle déroulée ? Avezvous travaillé en collaboration avec d’autres
organisations ?
“Nos réquisitions étaient du : 13 au 30 mars
2020 ; 20 avril au 4 mai 2020 ; 29 avril au 19

Le Mag des territoires Résilients : Edition spécial covid-19

mai 2020 et du 03 au 17 juin 2020.
Au début de la mission, nous nous sommes rendu
compte que l’ARS ne connaissait pas les compétences des AASC. Rapidement, il y a donc eu des
explications. A partir de la deuxième mission, tous
les partenaires se connaissaient et les relations de
travail étaient alors très correctes. Je rencontrais
régulièrement la gendarmerie, la préfecture, les
médecins, la cellule d’urgence médico-psychologique, la direction des établissements hôteliers,
la Croix Rouge, la Protection Civile et l’Union
Départementale des Sapeurs-pompiers de la
Martinique (UDSPM).”
Cette mission vous a-t-elle demandé une
adaptation particulière ? Comment s’est-elle
matérialisée ?
“Face à une telle situation sanitaire, nous avons
effectivement dû intégrer, avec les membres de
notre bureau, les consignes locales dans notre
fonctionnement. C’est-à-dire gérer les tenues,
mettre en place un dispositif de douche en quittant les sites, se débrouiller pour les EPI. Mais
aussi écarter les équipiers qui avaient à domicile
leurs parents ou des enfants en bas âge. Il fallait
également être à l’écoute et gérer les situations
de stress. Autant de situations nouvelles que
j’ai dû valider pour répondre à la demande de

la préfecture. La situation la plus complexe à
faire appliquer a été le port du masque et le
lavage des mains en activité.”
En quoi cette mission a-t-elle été formatrice
pour vous et pour vos équipes ?
“Le retour d’expérience sur cette situation fait
ressortir l’évolution comportementale pour
la confidentialité, l’écoute et la relation d’une
situation avec plus de précision. Néanmoins,
nous devrions développer les formations sur la
gestion du stress au sein des AASC, ainsi que sur
la réquisition des locaux et l’aménagement en
locaux d’hébergement sanitarisés. Par ailleurs,
les équipiers ont eu à travailler directement
au contact des autorités préfectorales et sanitaires, des démarches en générale réservées à
l’encadrement.”
Pourquoi est-il important pour vous que la
FFSS se soit ainsi engagée durant la crise de
la COVID-19 ?
“Il était indispensable que la FFSS soit impliquée dans ce dispositif national, car elle évolue
dans l’opérationnel de grande envergure. Cette
situation nous a obligé à développer un Poste
de Commandement national et ultramarin, ce
qui était une première. Nous aurons à débriefer
là-dessus afin d’améliorer ce dispositif.”

ROBIN FRANÇOIS
ENGAGÉ SUR LA GESTION DU CENTRE DE QUATORZAINE DE ROISSY

R

obin François a 28 ans et déjà une
longue expérience au sein de la FFSS.
En effet, cet ambulancier de profession
est engagé à la fédération depuis déjà 10 ans. Il
est aujourd’hui responsable opérationnel dans
le Maine-et-Loire, ce qui lui permet d’assurer la
gestion de l’ensemble des missions de sécurité
civile de son département.
Durant la gestion de crise de la COVID-19,
vous êtes notamment intervenu dans le cadre
de la mise en place et de la gestion du centre
de quatorzaine de Roissy pour les étudiants
ultramarins. Pouvez-vous nous en parler ?
“Bien que je sois cadre opérationnel, c’est en
tant que secouriste que j’ai été engagé sur cette
mission. Je suis alors intervenu sur des actions
de désinfection, de service des repas aux étudiants, mais aussi de création et conservation
du lien social.”

En outre, Robin nous indique que son engagement s’est étendu sur 14 jours, soit l’intégralité
du temps de confinement imposé aux étudiants.
Il précise d’ailleurs que la FFSS a été totalement autonome. Les équipes de la FFSS 49 ont
également participé aux missions de secours
d’urgence au bénéfice du SAMU 94.
En quoi cette mission a-t-elle été différente
des autres ?
“Elle différait de nos missions habituelles car
c’était la première fois qu’une telle action était
mise en œuvre. Tout a dû être créé et organisé.”
Enfin, lorsqu’on lui demande pourquoi il était
important que la fédération se soit engagée
sur la gestion de cette crise, Robin est à la fois
laconique et exhaustif : “Car cela fait partie de
nos missions d’assistance aux populations.”n

En quoi votre fonction au sein de cette mission
a-t-elle renforcé votre engagement et celui de
vos équipes ?
“Ma réponse est simple : compte tenu de mon
passé professionnel, de mon engagement pour
la FFSS, je me devais de solliciter tous nos équipiers disponibles pour participer à cette chaîne
de prise en charge de notre population. J’attire
votre attention sur le fait que notre population
est l’une des plus vieillissantes de France. Il
fallait faire très vite pour contenir le virus et
ses effets. Un autre rappel, la Martinique a été
le premier département de France à lancer la
procédure de confinement.”
Pour finir, si vous deviez garder une image en
tête, quelle serait-elle ?
“L’implication de tous pour limiter l’évolution
de la crise sanitaire. Ainsi que l’invitation du
Président de la République aux cérémonies du
14 juillet.”
Enfin, depuis début 2021, la FFSS Martinique est
engagée auprès de la préfecture pour mettre
en place la Cellule Territoriale d’Appui à l’Isolement (CTAI). n

“Tout a dû être créé et organisé.”

“Cette situation nous a
obligé à développer un
Poste de Commandement
national et ultramarin, ce
qui était une première.”

Le Mag des territoires Résilients : Edition spécial covid-19

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Centre quatorzaine

ALEXANDRA RICHARD
CHEF DU CENTRE DE QUATORZAINE DE ROISSY

A

lexandra Richard a 26 ans. C’est dans le
cadre de ses études, il y a 2 ans et demi,
que cette ingénieure chef de projet chez
Orange découvre la sécurité civile. Alexandra
nous explique : “L’association de secouristes
étudiants, SECUTT, elle-même affiliée à la FFSS,
tenait des dispositifs de premier secours sur
des évènements étudiants et des évènements
sportifs. Leur dévouement pour aider et secourir
m’a inspirée et donné envie de les rejoindre.
Plus jeune, je voulais intégrer le corps médical.
Si ce n’est finalement pas une passion que j’ai
suivie dans le cadre professionnel, intégrer la
FFSS me permet d’aider et de sauver les gens
au quotidien.”Aujourd’hui, Alexandra est affiliée
à l’ADSS (Association de Développement du
Sauvetage et Secourisme) dans le 92. Depuis
la crise de la COVID-19, la jeune femme a pris
des responsabilités dans le pôle opérationnel.
Vous avez été chef du centre de quatorzaine de
Roissy. Pouvez-vous nous en parler ?
“Lors de la crise COVID, de nombreux étudiants
ultramarins se sont retrouvés coincés en métropole à cause du confinement, et, pour la plupart,
en situation précaire. Le Ministère des Outre-mer
a donc mis en place des centres de quatorzaine
pour eux avant de les rapatrier dans leur territoire respectif. L’objectif de la quatorzaine était
de s’assurer que les étudiants ne ramèneraient
pas le virus chez eux.La quatorzaine a donc
débuté le 16 mai dans un hôtel à Roissy pour
145 étudiants de Guyane, St Pierre et Miquelon
et la Réunion. Elle s’est terminée le 30 mai

30

lorsque les étudiants ont pu prendre leurs vols
à l’aéroport de Paris-Charles de Gaulle. Nous
avons maintenu l’isolement jusqu’au bout en
les accompagnant jusqu’à leur porte d’embarquement, escortés par la Police Aux Frontières
pour empêcher d’éventuels contacts avec les
voyageurs présents dans l’aéroport.”
Combien de temps a duré cette mission et dans
quelles conditions s’est-elle déroulée ?
Avez-vous travaillé en collaboration avec
d’autres organisations ?
“La mission du centre de quatorzaine à Roissy
a duré une vingtaine de jours, en comptant
la mise en place de l’hôtel, la quatorzaine et
la restitution des locaux à la gestionnaire.
Nous avons mis en place un dispositif inédit
avec une astreinte 24h/24 et une quinzaine de secouristes logés sur place comme
les étudiants. Chaque jour, les équipes
étaient responsables de plusieurs tâches :
-Préparer les 4 plateaux repas journaliers.
-Livrer en chambre les repas car les
étudiants mangeaient en isolement.
-Entretenir les parties communes
et désinfecter régulièrement tous
les éventuels points de contact.
-Organiser des sessions sportives de 10
personnes maximum pour permettre aux
étudiants de souffler et décompresser.
-Veiller au respect constant des mesures de distanciation sociale, port du masque et lavage des mains.
Nous avions un infirmier présent sur site pour
gérer les pathologies de nos étudiants confinés

Le Mag des territoires Résilients : Edition spécial covid-19

ainsi qu’un médecin de garde en cas de soucis
ou besoin de consultation. Une équipe de
secouristes était par ailleurs d’astreinte pour
répondre aux éventuelles urgences sur place.
Cette quatorzaine s’est effectuée en étroite
collaboration avec l’Agence Régionale de Santé
et le Ministère des Outre-mer afin de s’assurer
du bon déroulé de leur confinement, de l’organisation de leur départ, ainsi que leurs tests
PCR à l’arrivée et au départ pour identifier les
éventuels porteurs du virus.”
Nous imaginons que cette mission vous a demandé une adaptation particulière. Comment
s’est-elle matérialisée ?
“Par le renforcement des mesures sanitaires, le
respect des mesures barrières, la désinfection
plusieurs fois par jour… Tout était mis en place
pour empêcher la contamination des étudiants.
Nous avions des stocks de plusieurs litres de
produits désinfectants, gel hydroalcoolique,
masques, gants, etc. Tous les protocoles ont été
revus, de la préparation des repas aux séances
de sport en passant par le ménage des parties
communes.”
En quoi cette mission a-t-elle été différente de
celles que vous réalisez habituellement ?
“Cette mission était très particulière. Il a fallu
s’improviser hôtelier en un temps record pour
mettre en place une gestion de l’hôtel adaptée
à nos contraintes sanitaires. Le respect des
normes inhérentes à la COVID nous a forcé à
repenser l’organisation de l’hôtel, les flux, les

sens de passage, mais aussi à renforcer les
normes d’hygiène avec des désinfections des
points de contact plusieurs fois par jour.
Il ne s’agissait plus d’une mission de secours
à court terme comme nous avions l’habitude
de mettre en place, où nous sommes prêts
à répondre aux urgences et prodiguer les
premiers secours. Dans le cadre de l’hôtel,
nous devions nous occuper de 145 étudiants
24h/24. Il nous fallait évidemment répondre
aux besoins basiques comme un hôtelier. Mais
la particularité de cette mission était sa durée.
Il nous a fallu également prendre en compte
leur bien-être et leur psychologie. Le confinement a été compliqué à vivre pour les Français.
Pour ces étudiants qui l’ont, pour la plupart,
vécu dans des conditions précaires, vivre deux
semaines supplémentaires d’isolement dans
une chambre d’hôtel sans possibilité de quitter
l’enceinte du bâtiment s’est avéré encore plus
compliqué.
C’est pour cette raison que nous avons imaginé
plusieurs dispositifs pour leur faciliter la vie.
Nous avons organisé 2 séances de sport journalières en petit comité tout en respectant
les mesures de distanciation sociale et la
désinfection du matériel pour leur permettre
de se défouler et se dépenser malgré l’isolement. Ainsi que quelques séances de yoga
pour la détente et la relaxation. Plusieurs fois,
nous avons proposé aux étudiants de passer
commande au drive pour recevoir des produits
dont ils avaient besoin ou envie, comme des
gâteaux, des snacks ou d’autres denrées qui
pouvaient les réconforter. Nous nous chargions
d’aller récupérer leurs commandes et de les
livrer en chambre.
Ils avaient aussi la possibilité de sortir prendre
l’air ou fumer une cigarette par tranche de
10/15 minutes maximum, dans une zone supervisée pour ne pas dépasser 10 personnes
en simultané.
Il a fallu se mettre à la place des étudiants
pour les comprendre et anticiper leurs besoins,
tout en s’assurant qu’ils respectaient bien l’isolement et empêcher tout contact entre eux.
L’aspect psychologique était donc omniprésent
dans nos actions.”

puissent retrouver leurs proches et leur foyer
en bonne santé.
Cette mission a donc été extrêmement formatrice car nous avons tous dû découvrir un
nouveau champ d’expertise et nous adapter
pour le maîtriser en un temps record. Cette
force d’adaptation est le propre du secouriste
qui doit savoir réagir face à toute situation. Et
tout ce que nous avons appris nous resservira
lors de nos prochaines missions. Par ailleurs,
nous avons tous développé nos compétences
de travail d’équipe, notre communication (avec
les étudiants, les équipes, et les partenaires).
Cette mission a aussi renforcé la cohésion entre
nous.”

En quoi cette mission a-t-elle été formatrice
pour vous et vos équipes ?
“Cette situation particulière nous a forcé à
nous remettre en question et repenser chaque
aspect de notre mission. Rien ne pouvait être
laissé au hasard car la moindre erreur pouvait
avoir de lourdes conséquences. La phase de
préparation du projet, où nous avons dessiné
les contours de l’organisation des équipes et
des éléments incontournables à ne pas oublier,
a été très formatrice.
Nous avons dû travailler en équipe, mais aussi
en partenariat avec des instances telles que
l’ARS et le Ministère des Outre-mer, tout en
ayant comme objectif ultime que ces étudiants

Qu’est-ce que votre engagement durant cette
mission vous a apporté sur un plan personnel
? Et quel bilan en tirez-vous ?
“Personnellement, j’ai beaucoup développé mes
compétences humaines lors de cette mission.
Nous avons fait face à des situations inédites
pour nous, où nous gérions des étudiants ayant
presque notre âge. Il était important de maintenir une distance professionnelle malgré notre
proximité d’âge, mais il était aussi essentiel de
montrer notre disponibilité et notre soutien,
notamment pour ceux qui avaient du mal à
vivre ce confinement.
Je suis très fière des équipes avec qui j’ai pu
travailler pendant ces deux semaines. Nous

En quoi votre fonction au sein de cette mission
a-t-elle renforcé votre engagement et celui de
vos équipes ?
“Pour ma part, la gestion du centre de quatorzaine à Roissy et les autres missions que j’ai
pu effectuer lors de la crise ont confirmé ma
volonté de m’engager encore plus et de prendre
des responsabilités au sein de ma structure.
J’ai réalisé que notre mission allait au-delà des
premiers secours, que nous étions un maillon
de la chaîne de la gestion de crise, et que les
bénévoles de la FFSS avaient des compétences
bien plus variées que le “simple” secours à
personne.
Je pense que la diversité des actions mises en
place et le bénéfice que nous avons pu tirer
de ces missions a permis à chaque bénévole
de réaliser que son engagement était concret,
essentiel, et utile aux autres.
Dans le cadre de cette mission avec les étudiants
ultramarins, nous avons tous été très touchés
et émus d’avoir mené notre mission à bien et
d’avoir vu nos résidents prendre leurs avions.
La vie en communauté au sein même de l’hôtel
où nous effectuions notre mission a aussi grandement renforcé la cohésion d’équipe ainsi que
la cohésion interassociative. Nous avions des
bénévoles venus de toute la France qui se sont
rendus disponibles pour s’enfermer avec nos
étudiants dans un hôtel à Roissy, pour s’assurer
qu’ils puissent repartir chez eux. Il s’agit là d’un
fort engagement.”

avons réussi à anticiper, nous adapter, vivre et
évoluer ensemble avec un objectif commun qui
ne laissait place à aucune erreur. Je suis aussi
très heureuse des rencontres que j’ai pu faire
lors de cette mission, avec les équipes mais
aussi les étudiants, car tous les échanges que
j’ai pu avoir étaient extrêmement enrichissants.
Le bilan de cette quatorzaine est en somme
très positif. Les étudiants sont rentrés chez
eux, en bonne santé et ils étaient extrêmement
reconnaissants de notre engagement. Plusieurs
se sont grandement intéressés à la FFSS et
souhaitent rejoindre nos équipes. Une fois de
retour à leur domicile, nombre d’entre eux nous
ont envoyé des messages pour nous remercier
de notre présence et de notre humanité. C’est
la meilleure reconnaissance que nous pouvions
espérer.”
Enfin, si vous deviez garder une image à l’esprit,
quelle serait-elle ?
“Le jour avant le départ des étudiants, nous
avons décidé de leur faire plaisir en commandant des pizzas pour leur dernier dîner en notre
compagnie. Tous les étudiants se sont mis à
leur fenêtre et ont applaudi les équipes de la
FFSS en nous remerciant pour notre présence
et accompagnement lors de cette quatorzaine
difficile. C’était un moment très émouvant
pour les équipes et les étudiants. Voir que les
étudiants que nous avons accompagnés durant
14 jours, isolés dans leurs petites chambres
d’hôtel, contraints par des mesures de distanciation sociale très strictes, limités dans leurs
interactions sociales, étaient tout de même
reconnaissants de notre travail au point de
nous applaudir et nous envoyer des nouvelles
une fois rentrés chez eux était la plus belle
reconnaissance que nous pouvions recevoir.”n

“En tant que chef
de centre, mon rôle
était de veiller à ce
que les étudiants
vivent leur confinement le plus sereinement possible
tout en gérant l’hôtel et les équipes.”

Le Mag des territoires Résilients : Edition spécial covid-19

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centre d'isolement

SÉBASTIEN GENNARO
CHEF DU CENTRE D’ISOLEMENT DE MIRAMAS

A

36 ans, Sébastien Gennaro
est analyste juridique
dans le domaine bancaire.
C’est en tant que responsable
opérationnel qu’il rejoint, en
2011, la FFSS par le biais de
l’association l’École de Sauvetage
Méditerranée (ESM). En 2017,
Sébastien devient cadre opérationnel puis successivement
président de l’ESM en 2018
et Responsable Opérationnel
Départemental en 2019.
“Je veille ainsi à l’administration
de notre école de sauvetage,
ainsi qu’à l’organisation, la mise
en place et la réalisation de nos
DPS. Je suis également en lien
avec la préfecture et le SDIS
pour le Comité départemental, et
plus particulièrement lors de nos
actions de soutien à la population
(COVID, Campagne des feux d’été,
exercices…)”, explique-t-il.

opérationnels du Comité
Départemental du 13 ont identifié
et organisé des bases arrière pour
entreposer et décontaminer notre
matériel et pouvoir permettre à
nos secouristes de se laver et de
se changer en fin de mission. J’ai
également constitué, pour l’ESM,
des lots COVID pour nous permettre
d’ouvrir rapidement d’éventuels
centres de confinement.
Début mai, la préfecture des
Bouches-du-Rhône m’a alors
contacté afin de nous demander
de mettre en place quatre centres
d’accueil et de confinement dans
des hôtels à Marseille, Aix en
Provence, Salon et Arles. Avec
Jean-Baptiste GIMIE, président du
CD 13, nous nous sommes donc
rapprochés de la Commission
Nationale Opérationnelle pour
recueillir leur accord et leurs
conseils.

Durant la gestion de crise de
la COVID-19, vous avez été
amené à ouvrir et gérer le centre
d’isolement de Miramas (Bouchesdu-Rhône). Pouvez-vous nous en
parler ?
“Afin d’anticiper les demandes
de la préfecture, les cadres

Par la suite, la sollicitation ne
concernait plus qu’un seul centre
d’accueil et de confinement dans
un ancien Ehpad, sur la commune
de Miramas. Le 27 mai, à notre
demande, nous avons visité le
site pour adapter notre cahier des
charges. Une fois celui-ci accepté

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Le Mag des territoires Résilients : Edition spécial covid-19

par la préfecture, nous avons
ouvert le centre le 30 mai 2020.
Notre mission consistait à aller
chercher des personnes “COVID
positif” et les cas contacts par une
de nos équipes sur demande de
la préfecture, de les accueillir et
d’assurer leur confinement.
Nous devions également leur
apporter en chambre les repas que
nous réceptionnions chaque jour
de la cuisine centrale de Miramas,
récupérer les médicaments des
résidents, organiser la visite des
médecins, et de manière générale, assurer la gestion courante
du centre tout en garantissant
la sécurité de nos secouristes
présents sur site (approvisionnement en EPI, formation à leur
utilisation…).
En tant que Cadre Opérationnel
en lien avec la préfecture, j’ai
activement participé à la coordination du centre, et j’ai assuré la
remontée d’information régulière
sur la situation du centre auprès
de la préfecture, l’ARS, la mairie
de Miramas…
Notre présence était assurée 7j/7
et 24h/24.”
Combien de temps a duré cette

mission et dans quelles conditions
s’est-elle déroulée ? Avez-vous
travaillé en collaboration avec
d’autres organisations ?
“Notre mission a duré 45 jours :
ouverture le 30 mai - passation
du centre à la Croix-Rouge le 13
juillet. La préfecture souhaitait
que nous poursuivions notre
mission jusqu’au 30 septembre.
Or, nous avons rencontré des difficultés pour mobiliser du personnel
bénévole dans la durée. En effet,
l’activité professionnelle ayant
repris, la saison estivale ayant
débuté, beaucoup de nos bénévoles n’étaient plus disponibles.
La fatigue se faisant également
sentir après 45 jours non stop de
présence sur le site, nous avons
préféré demander à la préfecture de nous relayer, malgré son
insistance.
Par ailleurs, nous avons pu
travailler en collaboration avec
les services de la préfecture, de
l’ARS PACA, de la MSA et de la
mairie de Miramas durant toute la
période de notre mission. Cela afin
d’organiser et de coordonner l’intervention des différents acteurs
de santé et logistiques sur le
centre, mais également pour les

tenir informés de la situation sur
le centre en temps réel.»
Cette mission vous a-t-elle demandé une adaptation particulière ? Et
comment s’est-elle matérialisée ?
“Cette mission est différente de
nos missions de DPS habituelles.
Nos secouristes ne sont pas
habitués à ce type de missions
de soutien à la population. Nous
avons été contraints de nous
familiariser rapidement avec
les protocoles de désinfection,
adopter les EPI, et en “imaginer”
en adaptant certains matériels de
la vie courante pour faire face à la
pénurie. Nous avons par exemple
été contraints de trouver des solutions pour contourner la pénurie
des combinaisons. L’utilisation de
bleus de travail, lavés en machine

surfaces a nécessité un accroissement de notre vigilance en la
matière.”
En quoi cette mission a-t-elle
été formatrice pour vous et vos
équipes ?
“Cette mission a été importante
puisqu’elle est venue nous chercher sur un terrain inconnu. Nous
nous préparons et nous faisons des
exercices d’entraînement pour de
nombreux risques (inondations,
feux de forêts, catastrophes climatiques, accidents multi-victimes,
attentats….), nous établissons des
plans de secours avec des lots de
matériel adaptés pour être prêts
dès que nécessaire, et pourtant,
nous avons été surpris par un
virus sur lequel nous n’aurions
pas parié.

“Nous avons la chance
d’avoir des bénévoles
consciencieux, disponibles
et altruistes. Ils doivent être
considérés et valorisés.”
en respectant un protocole strict,
a permis d’apporter une réponse
efficace au problème.”
En quoi cette mission a-t-elle été
différente des autres pour vous ?
“Nous avons l’habitude de
travailler sur des crises de sécurité civile. Or, nous avons dû faire
face à une crise sanitaire. Nous
avons donc été les interlocuteurs
de l’ARS, interlocuteurs avec qui
nous n’avions jamais communiqué. Il a donc fallu apprendre à
se connaître, et appréhender les
missions précises et les compétences de chacun.
Par ailleurs, d’un point de vue
humain, la distanciation physique
n’est pas naturelle. Il a donc fallu
s’y conformer avec nos résidents.
C’est assez inhabituel car, dans nos
missions de sécurité civile, nous
avons une certaine proximité
avec les victimes (maintient tête,
palpations, sensations de souffle
sur la joue…).
Enfin, la désinfection systématique
et continuelle du matériel et des

Avec la COVID, nous avons été
contraints d’apprivoiser en peu
de temps une situation complexe,
inédite et troublante, et de s’y
adapter instantanément pour
apporter une réponse efficace
et sécurisée pour nos bénévoles
secouristes.
Cette mission a donc été formatrice puisque nous avons dû
innover et adapter nos moyens et
nos connaissances à la situation
sanitaire.
Cette crise aura peut être permis
de nous rappeler que nous ne
devons pas oublier de travailler
en nous adaptant à la situation,
et non pas d’adapter la situation à
notre avantage. L’adaptation : c’est
bien ce que je retiendrai de cette
mission.”
Pour vous, était-il important que la
FFSS se soit ainsi engagée durant
la crise de la COVID-19 ?
“Oui, il était important que la FFSS
s’engage. Cependant, je pense
que notre investissement doit
être limité au temps de l’urgence

de la crise pour ne pas fragiliser
les services de l’Etat sur le long
terme. Nous devons également
être conscients de la limite de nos
structures associatives basées sur
le bénévolat et sur des surfaces
financières fragiles. L’engagement
de nos moyens humains et matériels doit être réalisé avec prudence
afin de ne pas mettre en péril nos
structures. Les engagements que
nous prenons envers les autorités
doivent être mesurés.
Par ailleurs, dans les Bouchesdu-Rhône, nous avons eu de
nombreuses actions de soutien
aux populations (CAC, maraudes,
Tests PCR en collaboration avec
le SDIS…). Ces actions rappellent
à nos secouristes que ce sont aussi
des missions que nous confère
notre agrément de sécurité civile.”
En quoi votre fonction au sein de
cette mission a-t-elle renforcé
votre engagement et celui de vos
équipes ?
“Cette mission m’a permis d’appréhender ma fonction de cadre
opérationnel sous un autre angle.
C’est un travail différent qui a été
réalisé par rapport à d’habitude.
J’ai aimé cette expérience qui
appelle à davantage d’anticipation et d’imagination. C’est également une expérience humaine
incroyable puisque nous avons
partagé avec les équipes, durant
45 jours 24h/24, 7j/7, des doutes,
des joies, des moments de vie,
des repas, des moments de travail
intense…
J’ai partagé cette mission avec des
secouristes investis et consciencieux (bien que trop peu nombreux
mobilisés, hélas, par rapport au
nombre de secouristes inscrits sur
les listes départementales). Nous
avons veillé sur la population.
Tous les secouristes qui ont bien

voulu s’investir dans cette mission
ont apprécié cette expérience et
nous avons ainsi noué des liens
d’amitié différents ensemble.“
Qu’est-ce que votre engagement
durant cette mission vous a apporté sur un plan personnel ? Et
quel bilan en tirez-vous ?
“Sur le plan personnel, je retiendrai
vraiment cette notion d’aventure
humaine.
Une nouvelle fois, le bénévolat et
les AASC ont permis de soulager
l’Etat de manière significative,
et avec sérieux et professionnalisme. Néanmoins, les limites de
notre système et de nos structures
associatives, que nous avons déjà
identifiées, ont été une fois de plus
un frein à notre action.
Il est important, voire vital, de
considérer le bénévole et de lui
garantir une reconnaissance par
l’Etat en lui faisant bénéficier d’un
statut qui lui permette de se mettre
au service de la population sans
être pénalisé personnellement et
professionnellement. Nous avons
la chance d’avoir des bénévoles
consciencieux, disponibles et
altruistes. Ils doivent être considérés et valorisés.”
Pour finir, si vous deviez garder une
image en tête, quelle serait-elle ?
“Ce serait celle de ces secouristes
en EPI, dévoués, disponibles et
volontaires, gratuitement, malgré
les risques et les contraintes de nos
missions. Je retiendrai également
la responsabilité qu’ils portaient
à travers leur engagement, et
le formidable espoir pour notre
pays de pouvoir compter sur ces
citoyens volontaires durant les
périodes de crises.”n

Le Mag des territoires Résilients : Edition spécial covid-19

33

Centre covid & transports

FOCUS FFSS 66

NICOLAS MONTSERRAT

L

a mobilisation de la FFSS a été forte
et totale sur l’ensemble du territoire national. Le département des
Pyrénées-Orientales est un nouvel exemple
de cet engagement fédéral. Rencontre avec
Nicolas Montserrat, 31 ans, qui a notamment
assuré la gestion du tout premier centre
d’isolement national, mis en place dans
son département.
“J’ai passé mon premier diplôme de secourisme à mes 13 ans et c’est rapidement
que je me suis investi dans une association de sécurité civile. Premièrement, dans
des tâches logistiques au vu de mon âge,
puis dans le secourisme pur dès que cela
a été possible. Par ailleurs, ma profession
fait le lien avec le secourisme puisque je
suis actuellement infirmier en service de
médecine interne. C’est donc tout naturellement qu’à mes 18 ans j’ai fait le choix de
créer mon association de secourisme dans
le but de défendre le bénévolat de qualité
mais toujours dans un esprit de famille.
Président de mon association depuis
maintenant 14 ans, je prends plaisir à voir
évoluer l’association où j’occupe également
les fonctions de cadre opérationnel. Ainsi
qu’en parallèle celles de Président du
Comité Départemental. Je me veux et je
souhaite rester un président de terrain. Un
secouriste avant tout.
De la crise, je garderai l’image des visages
des hommes et des femmes secouristes
de mon association aux premières heures
des missions COVID. Pas de peur, pas de
craintes, mais une seule expression : la
motivation à se battre pour les patients,
les malades, pour notre nation.”
Depuis le 4 février 2021, la FFSS 66 a été
missionnée par l’ARS afin de permettre la
mise en œuvre de la stratégie TAP (“Tester,
Alerter, Protéger”). Les médiateurs Lutte
Anti-COVID ont différentes missions :
- Réaliser des prélèvements, les analyser et
communiquer les résultats.
- Délivrer des messages de prévention et de
promotion des gestes barrières.
- Et collecter des informations relatives
aux contacts des personnes infectées,
enregistrer les données et contribuer à la
réalisation d’enquêtes sanitaires.n

34

Le Mag des territoires Résilients : Edition spécial covid-19

PIERRE COU

COORDINATEUR DE MISSIONS D

I

ngénieur en automatisme, Pierre
Coumont nous relate son parcours au
sein de la fédération : “Je suis rentré il
y a 10 ans pour passer mon BNSSA (Brevet
National de Sécurité et de Sauvetage
Aquatique, ndlr). Depuis, j’y suis resté. Ce
qui m’a motivé toutes ces années, c’est la
variété des activités de la FFSS : activités
sportives, formation et opérationnel. Mais
aussi la convivialité des différents licenciés ainsi que la possibilité de mener des
projet et de réaliser des missions qui ont un
impact positif (poste de secours, formation
de secourisme…).
Désormais, je suis président du comité
départemental de la FFSS 69. Mes principales missions sont de participer au
développement de notre fédération dans
mon département en créant de la cohésion
entre les différentes structures, en réalisant des projets, en supervisant des DPS de
moyenne et grande envergure, ainsi qu’en
promouvant le sauvetage sportif, etc.”
Vous avez été amené à coordonner des
missions de transport de patients COVID
positifs. Pouvez-vous nous en parler ?
“Nos missions de transport étaient destinées à transporter des personnes COVID
en grande précarité ne nécessitant pas de
soins d’urgence vers les centres de desserrement mis en place par la Croix-Rouge.
Un roulement pour les astreintes était
mis en place. Nous avions un VPSP disponible chaque jour avec un délai de départ
variable en fonction de notre ordre de

UMONT

DE TRANSPORT DE PATIENTS COVID POSITIFS

départ. Une fois la demande de
prise en charge effectuée par les
cellules de coordination, les bénévoles étaient déclenchés pour se
rendre au local de désinfection
avant de partir en VPSP chercher
la personne à prendre en charge.
Enfin, une fois la personne déposée
au centre de la Croix Rouge, le
véhicule rentrait vers le lieu de
désinfection. Là, un protocole de
désinfection était effectué. Les
secouristes prenaient une douche
avant de repartir en vêtements
civils.
Ces missions ont duré sur la totalité du confinement, et ont été
réalisées sous réquisition de la
préfecture du Rhône. Par ailleurs,
elles ont été effectuées en collaboration avec les principales
autres fédérations de secourisme
de notre département. Une cellule
de coordination a été mise en
place entre la Croix rouge, l’Union
nationale des associations de
secouristes et sauveteurs, l’Ordre
de Malte, la Croix Blanche, la
Protection Civile et, bien sûr, la
FFSS.”
Ces missions vous ont-elles
demandé une adaptation particulière ? Comment s’est-elle
matérialisée ?
“Chaque action qui aurait été

mise en place en temps normal
demandait, ici, de prendre plus de
précautions et plus de protocoles
pour assurer les missions. Dans le
cadre de la crise il nous fallait un
gymnase pour permettre de désinfecter nos véhicules et créer une
zone pour prendre une douche et
changer de tenues afin d’éviter
tous risques de contamination.
De même, les équipes étaient
constituées de manière à éviter
que les personnes en contact avec
des cas de COVID n’interviennent
sur les missions de soutien aux
personnes sensibles.»
En quoi ces missions ont-elles été
différentes des autres ?
“Ces missions ont été différentes
du fait de la méconnaissance que
nous avons de ce virus. Au début
de nos missions, nous n’avions
que très peu d’informations sur
la COVID et sur la manière dont
la crise allait se passer. Aussi,
nous n’avions jamais eu d’aussi
grandes périodes de mobilisation
et, surtout, un confinement !”
En quoi ces missions ont-elles été
formatrices pour vous et pour vos
équipes ?
“6 mois avant la crise, nous avions
commencé à revoir et à améliorer
notre système en cas d’alerte

de même que les modalités de
déclenchement en cas de mission
A, B et C. A ce moment-là, il était
prévu d’organiser des exercices
pour familiariser les bénévoles
avec ces procédures. La crise a
notamment permis de mettre
en application et de valider ces
procédures.
En outre, ces missions changent
complètement de celles que nous
réalisons habituellement, ce qui a
permis à nos bénévoles de s’adapter à de nouvelles actions.”
Pourquoi est-il important pour
vous que la FFSS se soit ainsi
engagée durant la crise de la
COVID-19 ?
“Notre implication sur cette crise a
permis de montrer aussi bien aux
communes, au SAMU, à la préfecture, et autres que nos associations
peuvent être une véritable aide
sur ce type de missions. À tous les
niveaux, ces engagements nous
ont permis de faire reconnaître
notre savoir-faire, notre professionnalisme ainsi que la qualité
de nos interventions.”
En quoi votre fonction au sein
de ces missions a-t-elle renforcé
votre engagement et celui de vos
équipes ?
“La perspective de se mettre au

service d’autrui à un moment
critique pour l’ensemble de la
population nous a permis de
prendre du recul sur l’importance
de notre engagement secouriste,
au sein de notre fédération. De
plus, la dynamique d’un effort
collectif, interfédéral et interassociatif, nous a montré à quel point
les minces rivalités étaient futiles,
et à quel point l’entraide primait
dans le monde de la sécurité
civile.”
Qu’est-ce que votre engagement
durant ces missions vous a apporté sur un plan personnel ? Et quel
bilan en tirez-vous ?
“Sur le plan personnel, nous
ressortons riches de cette expérience inédite, qui a été pour nous
l’occasion de mettre en place une
gestion de crise sanitaire, et les
différents volets opérationnels,
logistiques, relationnels qui en
découlaient. Cela a permis à
chacun de prendre conscience de
l’importance de notre engagement
bénévole. Enfin, ces différentes
missions et leur organisation
ont permis à tous les bénévoles
de se former à de nouvelles
qualifications.”n

Le Mag des territoires Résilients : Edition spécial covid-19

35

Centre covid & transports

FRANCK DEGAUGUE
CADRE OPÉRATIONNEL AU CENTRE COVID DE LA VILLE DE DRAGUIGNAN

A

55 ans, Franck Degaugue
est formateur professionnel. Licencié à la
FFSS depuis 2006, il y assure
des missions en tant que Cadre
Opérationnel. Depuis juin
2013, Franck est également
Président du Dracenie Nautic
Club, une association agréée
de sécurité civile affiliée à la
FFSS. Cette association, créée
en 2007, est implantée sur
Draguignan (83) et son territoire.

Durant la gestion de crise de la
COVID-19, vous avez été amené à
intervenir sur la mise en place et
la gestion du centre COVID de la
ville de Draguignan. Pouvez-vous
nous en parler ?
“Le 23 mars 2020, j’ai été convoqué
par le Capitaine Philippe Grimaud
du SDIS83 (Service départemental
d’incendie et de secours du Var,
ndlr), Chef des Opérations de
Secours, à la cellule de crise de
la Préfecture d’Arrondissement
de Draguignan et à la Mairie de
Draguignan. J’ai été réquisitionné

36

par arrêté municipal de mise à
disposition pour aider à la mise
en place d’une maison de santé
délocalisée et dédiée à la COVID19. Cette mission s’est poursuivie
jusqu’au 8 juin 2020. De maison
médicale, le projet a évolué très
rapidement vers la réalisation d’un
Centre de Consultation COVID-19
puis un Centre de Consultation et
de Dépistage COVID-19.
Après une phase (du 24 au 31
mars 2020) de mise en place
(aménagements, équipements,
rédaction des divers protocoles,...)
et de validation (mise en Situation
Professionnelle avec participation de secouristes témoins non
informés), nous avons ouvert les
portes du Centre le mercredi 1er
avril 2020 à 9h.
Outre la mission de Direction
(Coordination) qui m’était dévolue,
le Dracenie Nautic Club a assuré
l’accueil du public, l’administration
et la logistique. Chaque jour d’ouverture, un minimum de 9 personnels secouristes de la FFSS assurait
le fonctionnement du Centre. Une
équipe de 4 secouristes assurait la

Le Mag des territoires Résilients : Edition spécial covid-19

demi-journée du matin et l’autre
équipe celle de l’après-midi. Des
remplacements et des rotations ont
été mis en place afin de préserver
les personnes et permettre leur
isolement en cas d’infection. Pour
ma part, j’étais présent tous les
jours d’ouverture de 8h à 19h. Le
travail de préparation et de retour
d’informations (main courante
ARS, compte-rendu d’activité,
préparation des consignes et des
effectifs, communication avec les
autorités,...) me faisait travailler à
mon bureau (domicile) le matin de
7h à 8h et le soir de 19h30 à 21h
et plusieurs heures le week-end.”

Combien de temps a duré cette
mission et dans quelles conditions
s’est-elle déroulée ? Avez-vous
travaillé en collaboration avec
d’autres organisations ?
“La mission s’est déroulée du
23 mars au 8 juin 2020, soit 51
journées de 9h ou 459 heures
cumulées de présence sur le Centre
pour les secouristes FFSS. Pour ma
part, le bilan a été de 51 journées

de 9h (soit 459 heures cumulées),
plus 113 heures d’administration
et 45 heures d’administration et
communication, soit un total de
617 heures.
Les conditions matérielles et
humaines ont été excellentes.
Seule la pression psychologique
(attention de chaque instant envers
le respect des protocoles d’hygiène
et de protection anti-virale) a été
supportée. Une bonne ambiance et
de très nombreux échanges entre
les différents intervenants sur le
Centre ont permis de mener à bien
cette mission dans de très bonnes
conditions.
Par ailleurs, une pharmacie, Saint
Jaume (Dr Gattuso) a fourni gratuitement les produits désinfectants
en bidons et en sprays médicaux
et la solution hydroalcoolique
utilisée.”
Cette mission vous a-t-elle demandé une adaptation particulière ? Et
comment s’est-elle matérialisée ?
“Je venais tout juste de réussir ma
formation de Cadre Opérationnel.

J’étais “armé” par les enseignements que je venais de recevoir…
mais personne n’avait abordé la
coopération avec les autorités de
santé en dehors des traditionnelles
coopérations personnel médical
d’urgence/secouristes lors des
interventions sur le terrain (Poste
de Secours par exemple). A l’instar
de mes collègues, j’ai donc appris
en marchant… Je me suis retrouvé
à coordonner les actions des
médecins généralistes libéraux
et des infirmiers libéraux qui
sont intervenus volontairement
sur le Centre. Il y avait quelques
difficultés de compréhension
de la hiérarchie administrative.
Par exemple, le Maire, en tant
que Directeur des Opérations de
Secours, était l’autorité supérieure.
Mais, pour ma part, cela s’est très
très bien passé.”
Selon vous, en quoi cette mission
a-t-elle été différente des autres ?
“Avant tout, cette mission a été une
formidable aventure humaine. De
plus, nous avons pu apprendre
à travailler avec du personnel
médical libéral ; établir une
confiance réciproque ; montrer
que nous, les secouristes, sommes
rigoureux et professionnels dans
nos gestes, nos propos, nos attitudes et tenues ; montrer que
nous sommes détenteurs d’un
savoir-faire (la gestion de victimes
dans l’urgence) ; faire part de notre
respect des consignes et protocoles
; ou encore utiliser le vocabulaire
médical approprié.
Également, cette mission a été
l’occasion de recevoir dans les
meilleures conditions possibles
des patients qui étaient pour un
tiers d›entre eux des malades
légers (sinusite, allergie, asthme,
rhino-pharyngite) non COVID-19.
Pour un deuxième tiers des malades
réels de la COVID-19 sans formes
de gravité (à l’exception de 3
personnes envoyées aux Urgences
du CHR de Draguignan). Enfin, pour
un dernier tiers, des personnes
angoissées ou présentant des
troubles mineurs du comportement et relevant du soutien

psychologique ou psychiatrique.
Le nombre total de patients
accueillis et pris en charge a été
de 402.”

“À la FFSS,
nous avons
montré notre
disponibilité
et notre savoir-faire en
matière de
mission en
contexte de
crise sanitaire.”

En quoi cette mission a-t-elle été
formatrice pour vous et pour vos
équipes ?
“Nous avons tous formidablement
appris de cette mission. Tant sur
le plan humain (relationnel) que
technique mais aussi sur celui
de la connaissance médicale. Les
équipes ont été soudées et l’entente et la bonne humeur (réservée
bien sûr) ont été au rendez-vous !
Tous les secouristes ont occupé
au moins une fois un des 4 postes
sur le Centre. Les équipiers les
plus compétents ont été placés
en position de Chef d’Équipe par

demi-journée, ce qui m’a permis de
souffler un peu et de consacrer ce
temps libéré à améliorer chaque
jour le dispositif et communiquer
plus amplement avec les différentes autorités.
De plus, à trois reprises durant
les 15 jours qui ont précédé la
fermeture du Centre, il a manqué
un infirmier à l’ouverture du Centre
l’après-midi, suite à des erreurs
de planning ou bien une erreur
humaine. À la demande expresse du
médecin urgentiste qui assurait les
consultations et les prélèvements
et en remplacement provisoire, j’ai
donc assuré pleinement la fonction
d’infirmier d’accueil et de bilan
préconsultation. Cette fonction,
proche de celle qu’un secouriste
connaît en intervention, revêtait
un caractère particulier du fait du
questionnaire purement médical.
Néanmoins, la rigueur que nous
avons lors de l’établissement des
bilans secouristes m’a ainsi permis
d’appréhender sereinement la
situation.”

Pourquoi est-il important pour
vous que la FFSS se soit ainsi engagée durant la crise de la COVID-19
?
“A la FFSS, nous avons montré notre
disponibilité et notre savoir-faire
en matière de mission en contexte
de crise sanitaire. Cela m’a valu
d’être invité, sur proposition de M.
le Préfet du Var, à la cérémonie du
14 juillet 2020 sur la place de la
Concorde, en guise de remerciement. J’ai été très honoré de cette
attention et de pouvoir représenter
la FFSS en tenue opérationnelle. J’y
ai participé avec plaisir et fierté.
Avec une délégation de 4 secouristes, nous avons aussi participé
à la commémoration de la Fête
Nationale organisée le 13 juillet
au soir dans les jardins de la
Préfecture d’Arrondissement de
Draguignan.”
En quoi votre fonction au sein de
cette mission a-t-elle renforcé
votre engagement et celui de vos
équipes ?
“Cette mission m’a conforté dans

toutes mes fonctions : président
d’une Association Agréée de
Sécurité Civile, Cadre Opérationnel,
Formateur en Secourisme. Mes
équipes ont pu apprécier d’autres
facettes de mes compétences
réelles et la mise en œuvre de mes
savoirs acquis lors de mes études
universitaires et des formations
successives passées avec la FFSS.
Les secouristes se sont sentis utiles.
Valorisés, appréciés, reconnus…
Ils ont beaucoup appris sur cette
pandémie. L’estime réciproque
entre les secouristes et leur cadre
a resserré encore plus les liens
affectifs et professionnels.”
Qu’est-ce que votre engagement
durant cette mission vous a apporté sur un plan personnel ? Et quel
bilan en tirez-vous ?
“J’en suis ressorti grandi. J’ai beaucoup appris, y compris dans le
dépassement de moi (je n’ai jamais
compté les minutes et les heures
supplémentaires, ce sont celles-là
qui m’ont formé). J’ai beaucoup
gagné en assurance et en humilité. J’ai rencontré et découvert
de nombreuses belles personnes
et personnalités. Certaines d’entre
elles sont devenues de bonnes
connaissances. J’en tire un bilan
plus que positif. Cette crise sanitaire nous a tiré vers la lumière…
nous a permis de nous mettre en
avant… avec la charge associée.”
Pour terminer, si vous deviez garder
une image de cette crise, quelle serait-elle ?
“Lors du pot de clôture du Centre
organisé par M. le Maire de
Draguignan (Richard Strambio), un
général professeur de médecine
honoraire, infectiologue, membre
de l’Académie de Médecine et
faisant partie de la cellule de crise
communale a déclaré : “ils ne
savaient pas que c’était impossible,
alors ils l’ont fait”... Cette phrase
que je connaissais (et son contexte
historique) fait désormais partie de
mes citations existentielles. Une
vraie leçon de force, de courage et
d’engagement pour la population.
Je suis fier d’appartenir à cette
belle Fédération qu’est la FFSS.”n

Le Mag des territoires Résilients : Edition spécial covid-19

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soutien sanitaire

LUDIVINE ROUZIN
CHEF DE SITE POUR DES MISSIONS DE TESTS
PCR À L’AÉROPORT D’ORLY

L

udivine Rouzin a 27 ans. Cette
enseignante de profession a
déménagé dans le Loiret (45)
il y a de cela 4 ans. Toutefois, son
bénévolat au sein de la fédération
a débuté il y a 10 ans, dans le 49.
Depuis, Ludivine est devenue chef
de poste et conductrice VPSP.
Aujourd’hui, elle conserve une
double affiliation dans les deux
associations, du 45 et du 49.

Vous avez été chef de site lors de
missions de tests PCR à l’aéroport
d’Orly. Pouvez-vous nous expliquer
?
“Durant la crise de la COVID-19,
après avoir réalisé de nombreuses
gardes SAMU, les missions PCR
sont arrivées. J’y suis allée pour
la première fois en tant que chef
de site pendant 3 jours. Les tests
s’effectuaient déjà depuis 2 à 3
semaines, une organisation était
donc déjà en place. Tout d’abord,
j’ai été formée par l’infirmière sur
place afin de réaliser les tests.
Ensuite, mon rôle en tant que chef
de site était d’organiser les binômes
(environ 4 à 5, soit 10 secouristes)
de prélèvements (1 préleveur, 1
assistant préleveur), de veiller à ce
qu’ils aient tout le matériel nécessaire et que les protocoles soient
bien respectés. Cela était d’autant plus important pour les vols
“écarlates” où nous devions tester
tous les passagers du vol. Dans ce
cadre, nous étions dans un terminal
dédié, escortés par la police aux
frontières, et donc sans possibilité
de retourner au local en cas d’oubli

38

du matériel. J’étais l’interlocutrice
principale des agents des aéroports
de Paris, notamment la police aux
frontières ; mais également celle
du laboratoire avec lequel nous
travaillions. Ce dernier avait mis
en place des tablettes pour la
gestion de l’administratif, et il
nous fournissait tout le matériel
nécessaire. Je devais également
réaliser un inventaire quotidien
du matériel, faire un compterendu de chaque vol (nombre de
passagers, nombre de personnes
testées, nombre de personnes
ayant déjà des tests négatifs), gérer
les éventuels problèmes, gérer le
côté logistique de la nourriture et
accueillir les nouveaux secouristes
(FFSS et Ordre de Malte qui étaient
en renfort sur cette mission).
Concernant les vols écarlates, nous
étions escortés entre 1 heure et
45 minutes avant l’arrivée du vol
jusqu’à un terminal aménagé. Pour
ces vols, les secouristes étaient
donc en binômes et j’orientais
les passagers vers leurs tables de
prélèvements. Je gérais également
le réapprovisionnement des tables
si nécessaire, et les cas spécifiques.
Il y avait également des vols
“rouges” où les passagers étaient
conseillés d’aller effectuer le test
PCR sur la base du volontariat.
Par ailleurs, nous avions en permanence un infirmier ou une infirmière à nos côtés, affilié à la FFSS.
Sa présence permettait de vérifier
que les gestes étaient bien réalisés
et de gérer des cas particuliers (nez
fragiles, opérés…).

Le Mag des territoires Résilients : Edition spécial covid-19

Au sein de la FFSS, j’étais en
relation permanente avec le
responsable du dispositif ainsi
que le cadre chargé de gérer les
personnels pour cette mission.
Nous pouvions également
échanger entre chefs de site, afin
d’échanger sur les évolutions du
dispositif (dispositions différentes
des tables, relation avec ADP
(société qui gère l’aéroport d’Orly,
entre autres, ndlr), logistique…).
Cette mission a-t-elle demandé
une adaptation particulière ? Et
comment s’est-elle matérialisée ?
“La seule adaptation était de se
former au test PCR, par le biais
de l’infirmier. Je savais déjà
comment utiliser les EPI afin de
me protéger.
Le matériel, hormis les tubes et
les écouvillons à insérer dans le
nez, est celui que nous utilisons
habituellement en DPS (gants,
sacs DASRI (Déchets d’activités
de soins à risques infectieux et
assimilés, ndlr)…).”
En quoi cette mission a-t-elle été
formatrice vous et vos équipes ?
“Cela m’a permis d’apprendre
un nouveau geste. Pour ma part,
c’était surtout du relationnel et
gérer une équipe plus importante
que d’habitude (8 à 12 personnes
au lieu de 2 ou 3 en équipe
ordinaire).
Pour les équipes, étant donné que
nous sommes issus de plusieurs
départements voire de plusieurs
fédérations, c’est enrichissant de
travailler avec des personnes que
nous ne connaissons pas.”

En quoi votre fonction au sein de
cette mission a-t-elle renforcé
votre engagement ?
“Le côté sécurité civile prend
tout son sens avec cette crise
sanitaire. Je suis fière de mon
engagement, de pouvoir rendre
service. Ce qui manque parfois
c’est la reconnaissance. Lorsque
nous avons le temps d’échanger
avec les personnes, et que nous
leur expliquons que nous sommes
bénévoles, ils sont généralement
reconnaissants. Toutefois, les
tests PCR sont rapides donc nous
n’avons pas le temps de discuter
avec les personnes.”
Qu’est-ce que votre engagement
durant cette mission vous a apporté sur un plan personnel ? Et
quel bilan en tirez-vous ?
“Cela m’a confortée dans mon
rôle de chef d’équipe et de site
que je n’avais pas endossé depuis
quelque temps.
Sur le plan personnel, cela m’a
plutôt fatiguée ! Le rythme et la
route ne font pas bon ménage,
surtout avant la rentrée où j’avais
du travail lié à mon activité
professionnelle.
Malgré tout, cela reste un bilan
positif puisque nous rendons
service à la population, mais
ce n’est pas la mission la plus
agréable dans le sens où nous
avons un geste invasif envers les
personnes que nous testons.”
Si vous deviez garder une image
en tête, quelle serait-elle ?
“Je dirais la cohésion des secouristes entre eux.”n

“Le côté sécurité civile prend tout son
sens avec cette crise sanitaire.”

“Cela a rendu publiques nos
actions du quotidien et mis
en avant notre fédération qui
ne cesse d’évoluer.”

DIMITRI KERVICHE
COORDINATEUR DE MISSIONS DE SOUTIEN À LA POPULATION

D

imitri Kerviche, 27 ans, est technicien
courant faible en bureau d’étude.
Engagé à l’Association de Sauvetage
et de Secourisme du Pays de Vannes depuis
2012, dans un premier temps pour passer
son BNSSA, il en est désormais le président
depuis 2 ans. Au quotidien, Dimitri gère
principalement l’activité opérationnelle et
les relations extérieures.
Durant la gestion de la crise de la COVID19, Dimitri a notamment été amené à
coordonner des missions de soutien à la
population. Retour chronologique sur ses
actions…
Le 18 mars, une pré-alerte départementale
sur les moyens disponibles est lancée. Le
20 mars, la FFSS 56 transmet ses moyens
à la préfecture. Une prise de contact avec
le Centre Communal d’Action Sociale de
Vannes, St Avé et Grand-Champ est réalisée
le 28 mars. Le 3 avril signe alors la première
levée de doute hebdomadaire. Cette opération aura lieu une fois par semaine durant
un mois. Parallèlement, une mission débute
afin de porter et distribuer des repas aux
soignants de l’hôpital. Dimitri nous précise
qu’un protocole d’hygiène est également mis
en place pour les retours de missions. “Ce
protocole s’est matérialisé par l’aménagement du local associatif en circuit de mise
en tenue et retour avec une désinfection, des
douches, pour terminer par un changement
en tenue civile”.
Combien de temps ont duré ces missions et
dans quelles conditions se sont-elles déroulées ? Avez-vous travaillé en collaboration
avec d’autres organisations ?
“Les deux missions ont durée 1 mois. Nous
avons travaillé avec le Centre Communal
d’Action Sociale de la ville de Vannes et les
restaurateurs qui avaient monté un collectif

(Vannes soignent ses soignants).”
En quoi ces missions ont-elles été inédites ?
“Il a fallu fournir des effectifs tous les jours.
Cela est compliqué sur la durée mais nous
l’avons maîtrisé. De plus, la question sanitaire n’était pas simple à gérer car l’association n’est pas très équipée dans ce domaine.”
Et en quoi ces missions ont-elle été formatrices pour vous ainsi que pour vos équipes ?
“L’organisation d’une mission de type B était
nouvelle pour nous. Cela a donc fait grandir
tous les bénévoles qui y ont participé. Cela a
également permis de renforcer nos relations
avec la mairie de Vannes.”
Était-il important que la FFSS se soit ainsi
engagée durant la crise de la COVID-19 ?
“Oui car cela a rendu publiques nos actions
du quotidien et mis en avant notre fédération qui ne cesse d’évoluer.
Par ailleurs, nous avons diversifié nos
missions. Ne pas reproduire tout le temps
la même chose est très important pour l’éveil
de tous les secouristes.”
Qu’est-ce que votre engagement durant ces
missions vous a apporté sur un plan personnel ?
“Il m’a fallu creuser pour trouver les bons
contacts et les bonnes relations durant les
missions. Cela m’a donc permis de renforcer
mon réseau de contacts, mais aussi mon
savoir-faire en gestion administrative.”
Enfin, si vous deviez garder une image en
tête, quelle serait-elle ?
“La reconnaissance des soignants et des
personnes que nous avons visitées.”n

Le Mag des territoires Résilients : Edition spécial covid-19

39

soutien population

GUILLAUME BOULAYE
CADRE OPÉRATIONNEL SUR DES MISSIONS DE SOUTIEN AUX

G

uillaume Boulaye a 35 ans et une grande
expérience dans le domaine du secours à
personne. Sapeur-pompier professionnel,
ce père de 3 enfants s’est engagé au sein de la FFSS
27 par passion pour la sécuPOPULATIONS rité civile. Successivement
secouriste, directeur opérationnel, président du Comité Départemental de
l’Eure et directeur administratif de l’association
des Sauveteurs Secouristes Risle Charentonne,
Guillaume décrit son activité au sein de la FFSS
comme totalement complémentaire de son activité
professionnelle.
Vous avez été amené à réaliser des missions de
soutien à la population notamment aux populations vulnérables sur le territoire “Bernay Terres
de Normandie”. Vous avez également activé la
Cellule d’Information du Public (CIP) dans votre
département. Pouvez-vous nous expliquer en
quoi consistaient ces actions ?
“En effet, durant la crise de la COVID-19, nous
avons mis en place plusieurs actions sur notre
département.
Premièrement, l’activation de la CIP 27 dans les
locaux de la Préfecture, afin de pouvoir répondre
aux différentes questions de la population
Euroise. L’objectif de nos secouristes était de
soulager les services de la préfecture et d’informer la population de la situation réelle au sein
de notre département. Plus précisément, vous
avez des personnes qui téléphonent au niveau
de la CIP pour savoir, par exemple, si leur déménagement peut avoir lieu malgré le confinement,
s’il est possible d’obtenir l’aide d’une association
caritative pour avoir de la nourriture car il y a
une grosse baisse des revenus, comment gérer
les enfants avec le télétravail, etc.
Au sujet du soutien à la population mis en place
sur le secteur de la ville de Bernay et de l’intercom
Bernay Terres de Normandie, nos missions ont
été les suivantes :
-Surveiller l’état sanitaire des territoires par la
prise de constantes journalières chez les plus
fragiles.
-Éviter que les personnes âgées sortent de chez
elles en réalisant les renouvellement d’ordonnances, en allant chercher le pain, la presse, etc.
-Éviter le contact entre les personnes les plus
fragiles et les personnes extérieures en réalisant
les courses dans les grandes surfaces pour les
personnes âgées, malades ou en situation de
handicap.
-Éviter la rupture sociale en réalisant des visites
de réconfort moral.
Pour réaliser à bien cette mission, nous avons
notamment ouvert une mission de réserve
civique.”

40

Le Mag des territoires Résilients : Edition spécial covid-19

des maraudes.
Nous avons également obtenu le soutien logistique de la FFSS, de la cuisine centrale de la
ville de Bernay, d’une société pour le prêt de
véhicules et de nombreux commerces de la ville
de Bernay.”

“Nous avons créé
une section de
renfort via la réserve civique.
Grâce au renfort
de ces bénévoles,
nous avons pu
confier des responsabilités aux
plus anciens
d’entre eux et
mettre en avant
les compétences
des autres.”

Combien de temps ont duré ces missions et
dans quelles conditions se sont-elles déroulées ? Avez-vous travaillé en collaboration avec
d’autres organisations ?
“Les différentes missions ont débuté en mars
et se sont terminées en mai 2020. Nous avons
travaillé avec des bénévoles de la réserve
civique. Cette expérience était très intéressante,
car nous avions des personnes de tous horizons.
Nous avions formé des binômes avec un bénévole FFSS et un bénévole de la réserve civique,
afin de pouvoir proposer un bilan secouriste à
toutes les personnes rencontrées à l’occasion

Ces missions vous ont-elles demandé une
adaptation particulière ? Et comment s’est-elle
matérialisée ?
“Oui, nous avons mis en place une organisation
particulière, étant donné que la mission de
soutien à la population n’avait jamais eu lieu
dans notre département.
Nous avions une équipe de coordinateurs,
chacun à domicile pour les relations avec les
services de l’État, les autorités FFSS et les partenaires. Mais aussi une cellule de planification
qui avait la mission de recevoir les appels de la
population et de planifier les tournées pour les
équipes du lendemain.
Enfin, l’équipe logistique avait la mission de
mettre tout le monde en route le matin avec un
briefing quotidien, de réaliser la maintenance
du matériel, la récupération des repas du midi,
l’ouverture du centre de décontamination et la
préparation de la collation de fin de journée.
De plus, nous avions un centre de décontamination où chaque bénévole avait un parcours
à suivre pour la douche et la collation.”
“D’un point de vue sanitaire, nous avons réussi
notre mission car aucun de nos secouristes n’a
été contaminé et nous n’avons eu aucun cas
COVID-19 parmi les bénéficiaires de la maraude.
D’un point de vue technique, nous avons dû faire
face à un manque de matériel logistique, mais
grâce au soutien de la FFSS et des services
de l’Etat, nous avons obtenu tout le matériel
nécessaire pour être 100% opérationnels en
moins d’une semaine. Du point de vue des
relations humaines, l’ensemble des effectifs,
tous postes confondus, garde un bon retour de
cette expérience.
Désormais, nous allons travailler avec la ville de
Bernay et le CIAS Bernay Terres de Normandie,
sur l’établissement d’un plan de sauvegarde.”
En quoi ces missions ont-elles été formatrices
pour vous et pour vos équipes ?
«S’agissant de la première mission de soutien
à la population pour notre département, nous
avons dû tout monter dans l’urgence. J’ai beaucoup appris dans les relations avec les autorités
de l’État, ainsi qu’avec les élus. Quant à mes
équipes, elles ont beaucoup appris dans le
domaine de la relation avec la population en
termes de réconfort moral. Mais aussi trouver
des solutions pour toujours répondre favorablement aux attentes des personnes ou répondre
aux attentes des familles.”

Pourquoi est-il important que la FFSS se soit
ainsi engagée durant la crise de la COVID-19 ?
«Il était important pour moi que la FFSS soit
présente sur le terrain de l’Eure, car nous
sommes aujourd’hui l’une des plus grosses
associations de sécurité civile dans notre
département. Sur le territoire de Bernay et de
l’intercom Bernay Terres de Normandie, nous
sommes l’association de sécurité civile la plus
importante. Mais nous sommes inconnus des
élus. Cet engagement nous a donc permis de
faire connaissance avec nos élus, mais également de créer des partenariats de qualité.”
En quoi votre fonction au sein de ces missions
a-t-elle renforcé votre engagement et celui de
vos équipes ?
“Cet engagement au sein des missions COVID-19
a renforcé l’engagement au sein de nos équipes
sur plusieurs domaines. Entre autres le travail
avec les secouristes de l’ensemble des clubs
du département, ce qui n’avait jamais eu lieu
sur notre territoire. De plus, nous avons créé
une section de renfort via la réserve civique.
Grâce au renfort de ces bénévoles, nous avons
pu confier des responsabilités aux plus anciens
d’entre eux et mettre en avant les compétences
des autres.”
Qu’est-ce que votre engagement durant ces
missions vous a apporté ? Et quel bilan en tirez-vous ?
“Je ne parlerai pas au plan personnel, mais au
plan collectif. Cette mission a apporté beaucoup
de cohésion au sein de l’association d’un côté,
et une nouvelle organisation au niveau départemental de l’autre côté.”
Pour terminer, quelle image de cette crise garderez-vous en tête ?
“La seule image que l’ensemble des bénévoles
gardera en tête, est le sourire et l’accueil des
personnes que nous avons accompagnées.
Personnellement, je garderai toujours cette
image d’une fille habitant en région parisienne,
qui n’avait pas eu de contact avec sa maman
depuis plus de 20 ans. Suite à une publication
Facebook, j’ai reçu un appel de cette personne
qui m’a demandé d’aider à convaincre sa maman
de lui donner des nouvelles. Mission réalisée par
une audioconférence grâce à mon téléphone
portable. Aux dernières nouvelles, la famille a
même passé un week-end ensemble.”n

Video Facebook

Le Mag des territoires Résilients : Edition spécial covid-19

41

soutien population

JULIEN HUMBERT
CADRE OPÉRATIONNEL LORS DE MISSIONS DE SOUTIEN AUX POPULATIONS VULNÉRABLES

“On est tous des secouristes bénévoles. Nos missions, on
ne les fait pas pour gagner de l’argent. On les fait pour
les personnes pour lesquelles on s’engage.”

G

endarme à Narbonne, Julien
Humbert, 40 ans, se livre sur
les raisons de son engagement en tant que secouriste, ainsi
que sur son parcours. “Je me suis
engagé au sein d’une association de
sécurité civile parce que j’ai perdu
mon papa en 2000 d’un infarctus
où j’ai quasiment été impuissant
face à ce qu’il s’est passé. Pour moi,
il était important de rejoindre une
structure afin d’apprendre tout ce
qui est lié au secourisme. Depuis
2013, je suis engagé sur la FFSS de
l’Aude (11), et j’ai été élu président
du Comité Départemental en 2016.”
Durant la gestion de crise de la
COVID-19, vous avez été amené à
réaliser des missions de soutien
aux populations vulnérables. Pouvez-vous nous en parler ?
“A partir du moment où le gouvernement a décrété la crise sanitaire,
on s’est rendus disponibles, comme
à chaque fois, auprès de la préfecture de Carcassonne, car je suis
cadre opérationnel de la fédération
et je suis également directeur opérationnel des secours du département.
Nous avons donc commencé à mobiliser petit à petit nos secouristes en
moyens humains et matériels. Nous
avons monté une salle de crise au
sein du club de Narbonne comme
on le fait à chaque fois qu’il y a des
catastrophes ou des problèmes sur le
département. Suite à cela, nous avons
attendu, attendu, attendu… que la
préfecture nous sollicite. Ce qui n’est

42

pas forcément arrivé rapidement.
Par la suite, la préfecture nous a
communiqué une liste de communes
avec les personnes vulnérables,
autrement dit âgées, qui avaient des
problèmes liés à la COVID ou à autre
chose, ou encore des personnes qui
ne pouvaient pas se déplacer. Nous
nous sommes donc rendus disponibles pour ces communes et ces
personnes auprès desquelles on se
rendait 2, 3, 4 fois par semaine (sur
les différentes communes). Nous
allions faire leurs courses ou les récupérer et prendre contact pour voir
comment les personnes se portaient
et comment elles supportaient le
confinement. Du lundi au vendredi,
nous étions sur le terrain avec 6/7
secouristes quasiment par jour, et 1
ou 2 véhicule(s), suivant si les cadres
se déplaçaient également. On se
rendait ainsi dans les communes,
on prenait contact avec les mairies,
avec les personnes et puis on faisait
tout ce qu’on pouvait. Cela a duré 7
semaines.”
Ces missions vous ont-elles demandé
une adaptation particulière ? Et comment s’est-elle matérialisée ?
“Adaptation, oui forcément. Une
crise sanitaire… J’ai 40 ans et je n’ai
jamais connu ça. Même au niveau
fédéral, il a fallu s’adapter très, très
rapidement. On a eu beaucoup de
visios et de webinaires qui ont été
mis en place par Stéphane VOISIN
et Adrien THÉVELEIN. Ils pouvaient
donc nous guider. En outre, les

Le Mag des territoires Résilients : Edition spécial covid-19

protocoles qu’on mettait en place
étaient évolutifs. C’est-à-dire que si
on mettait en place un protocole en
semaine 1, il était forcément évolutif
en semaine 2 parce qu’on n’avait pas
pensé à tout. On tirait des “réflexes”
(conséquences) assez rapidement.
Rien qu’au niveau matériel, avant la
crise, on n’avait pas pensé à acheter
autant de masques, de surblouses, de
blouses et de matériel que nécessaire.
C’était donc en évolution constante
jusqu’à la fin, grâce à tous les retours
d’expérience que nous avons fait,
tous les webinaires qui sont encore
mis en place, justement pour pouvoir
anticiper la prochaine fois au mieux.
Maintenant, on est prêts. On sait
comment réagir, on sait comment
anticiper. On a investi dans des
masques, dans des blouses, dans des
surblouses, dans du matériel qu’on
n’avait pas forcément avant. Dont
du gel, un peu plus que nécessaire.
Pour pouvoir être prêts si jamais on
vient à être reconfinés. Et pour justement pouvoir nous redéclancher sur
d’autres missions.”
Considérez-vous que ces missions
ont été formatrices pour vous et vos
équipes ?
“C’est forcément formateur. Dans le
secourisme, on parle de veille juridique. C’est-à-dire qu’on doit être à
jour continuellement par rapport à
tout ce qui est communiqué. La crise
sanitaire nous prouve une fois de
plus qu’il faut s’adapter et se tenir à
jour. Et on a réussi à maintenir cela

par rapport à nos secouristes qui
étaient d’ailleurs tous très volontaires, et ce à tout âge. On a eu
une recrudescence de demandes
de volontaires pour nous aider sur
la crise donc il a fallu s’adapter
aussi par rapport à cela et faire
le choix de qui on mettait sur le
terrain et qui on laissait en salle
de crise.”
Était-il important pour vous que
la FFSS se soit ainsi engagée
durant la crise de la COVID-19 ?
“Oui, c’était important.
Premièrement car nous sommes
une des plus grosses structures
nationales de sécurité civile.
En ce qui nous concerne, hormis
les inondations dans le sud ou
les épisodes cévenols qui se
passent en ce moment, nous
n’avons jamais été confrontés à
un tel événement en matière de
missions B (actions de soutien
aux populations sinistrées, ndlr).
Donc, il est important, justement,
qu’on reste à notre place de structure qui puisse répondre à tous
ces types de catastrophes naturelles et à toutes sortes de manifestations. Donc oui, pour moi, il
est important que la fédération
reste dans le haut de tableau
des structures et associations de
sécurité civile. D’ailleurs, grâce à

tous les retours d’expérience que
l’on va pouvoir remplir et tous
les webinaires qui ont été mis
en place, on se rend compte que
beaucoup de monde est investi et
que tout le monde cherche à aller
de l’avant.”
Qu’est-ce que votre engagement
durant ces missions vous a apporté sur un plan personnel ? Et quel
bilan en tirez-vous ?
“Personnellement, j’en tire un
très bon bilan. Du fait, déjà, que
nous recrutons encore un peu
plus de secouristes bénévoles
qui sont volontaires pour ce type
de missions. Ensuite, grâce au
fait de partager des moments
avec des personnes qui étaient
vulnérables, qui étaient enfermées chez elles pendant des
semaines. Ou quand on reçoit, à la
fin de la mission, un petit mot, un
petit “merci”, ou alors un sourire,
un petit cadeau qui est envoyé
pour le club. Même si ce n’est pas
grand chose. Une mamie nous a
envoyé des bonbons, par exemple,
parce que nos secouristes en
étaient friands. Forcément, cela
fait toujours plaisir. Et puis de
voir que ces personnes arrivent
à nous parler, arrivent à nous
sourire, quand on va chez elles
leur apporter leurs courses.

Qu’on parvient à créer un lien de
confiance. On les voyait quand
même 2 à 3 fois par semaine. A
titre personnel, pour moi, c’est
gagné à partir de cet instant. J’ai
réussi à “marier” des jeunes avec
des anciens, à recréer un lien
qui était plus ou moins perdu
sur notre département entre nos
aînés et nos jeunes. C’est une
bonne fierté personnelle.”
Si vous deviez garder une image
en tête, quelle serait-elle ?
“Le sourire des personnes chez
qui nous nous sommes rendus.
C’est vraiment ce qu’on a pu créer.
On est tous des secouristes bénévoles. Nos missions, on ne les fait
pas pour gagner de l’argent. On
les fait pour les personnes pour
lesquelles on s’engage. Donc, le
fait de voir des anciens, nos aînés,
qui nous regardent en souriant,
en disant “merci à vous”... Il n’y a
pas de mot plus fort.”
Vous gardez donc véritablement
leur reconnaissance à l’esprit.
“La reconnaissance des anciens
envers nos secouristes, oui, c’est
sûr. On dit tout le temps qu’un
secouriste heureux ce n’est pas
un secouriste qui touche de
l’argent, c’est un secouriste qui
sourit et qui revient nous voir au
fur et à mesure.” n

Le Mag des territoires Résilients : Edition spécial covid-19

43

secours à personne

“J’étais fier de
voir mes équipes
prendre leurs missions à cœur, travailler professionnellement, et tout
ça bénévolement
dans une crise
sanitaire sans
précédent ! Aujourd’hui, je suis
encore sans mot
face à cet investissement.”

RÉMI BESANÇON
CADRE OPÉRATIONNEL SUR DES MISSIONS DE SECOURS À PERSONNES

R

émi Besançon a 26 ans.
Chef d’entreprise dans le
milieu de l’éco-mobilité et
conseiller municipal chargé de la
sécurité civile, des risques et du PCS
de la ville de Pont de Claix, il fait
partie des Sauveteurs Secouristes
Pontois affilié à la FFSS 38 depuis
l’âge de 11 ans. Rémi revient sur
son parcours de secouriste : “Cela
fait donc 15 ans que je vis pleinement ma passion du secourisme. J’ai
gravi les échelons au sein de mon
association tout naturellement, en
commençant par la section jeune
secouriste. Par la suite, j’ai passé
mes diplômes d’équipier, de chef
de poste, de formateur et pour finir
cadre opérationnel. Aujourd’hui, je
suis directeur opérationnel de mon
antenne. Mes principales missions
sont la préparation et la gestion des

44

Dispositifs Previsionnels de Secours,
ainsi que la coordination de gestion
des moyens humains et matériels.
Être engagé dans une association
agréée de sécurité civile est une
réelle passion pour moi. J’ai l’impression de faire quelque chose d’utile
pour la population, qui correspond
à mes valeurs, tout en me faisant
plaisir ! J’insiste beaucoup sur ce
dernier mot auprès de mes équipes,
car, pour moi, dans une association,
il est primordial d’avoir une bonne
ambiance, d’être solidaire, de se
sentir comme dans une vraie famille
! Humainement, c’est une formidable
expérience.”
Durant la gestion de crise de la
COVID-19, vous avez été amené à
mener des missions de secours aux
personnes “COVID” en collaboration

Le Mag des territoires Résilients : Edition spécial covid-19

avec le SAMU. Pouvez-vous nous
expliquer en quoi cela a consisté ?
“Tout a commencé le samedi
14 mars, où nous avons été mis
en préalerte par le SAMU pour
recenser nos moyens humains et
matériels. Nous avons activé notre
cellule de crise, ainsi que la cellule
de crise départementale. Nous nous
sommes alors divisés le département de l’Isère en 3 avec mes collègues cadres opérationnels. J’avais
pour mission la coordination du
Sud Isère. Nous avons été officiellement déclenchés le lundi, pour
assurer des missions de transports
sanitaires en étant intégrés à la
chaîne de secours public, sous la
direction du SAMU 38.
Nous avons engagé plus de 10
VPSP sur le département, chacun
en attente dans leur antenne locale.

Cela nous permettait d’avoir un
maillage conséquent sur l’Isère
pour pouvoir répondre rapidement.
La première chose à faire, et pas
la plus simple, était d’adapter nos
antennes selon les préconisations
COVID, tout en mettant en place
des zones de vie pour nos secouristes. De fait, les antennes ont
été transformées en vraies bases
de vie, pour pouvoir accueillir nos
secouristes 24h/24h.
Sur mon antenne de Pont de Claix,
par exemple, nous avons eu un réel
élan de solidarité d’entreprises, de
notre mairie et de la population qui
nous a vraiment aidé à construire
cette base de vie confortable pour
nos équipes. Nous avons également
pu être équipés d’équipement de
protection grâce à la solidarité de
nos partenaires.

Les missions se sont intensifiées
de jour en jour. Nous sommes
intervenus sur différents types
d’urgences (de l’urgence relative
à l’urgence absolue) et une routine
s’est installée.
J’étais fier de voir mes équipes
prendre leurs missions à cœur,
travailler professionnellement, et
tout ça bénévolement dans une
crise sanitaire sans précédent !
Aujourd’hui, je suis encore sans
mot face à cet investissement.
Au sein du centre de régulation du
SAMU, nous avons également mis
en place un coordinateur. Il avait
initialement pour mission de gérer
l’ensemble des moyens AASC du
département, avec nos collègues
de la Croix-Rouge et l’association
de Protection Civile. Au vu de la
forte activité, cette mission s’est
vite transformée en un poste
de régulation des interventions
SOS Medecins, des départs VSAV
(Véhicules de Secours et d’Assistance aux Victimes, ndlr) ainsi que
de nos VPSP.
J’ai participé à la formation de nos
régulateurs au SAMU durant une
semaine, pour pouvoir maîtriser
le logiciel de gestion et les protocoles du SAMU. Cette mission était
assez complexe, mais extrêmement intéressante !
Ces deux missions ont duré un
mois. Un mois où nous avons mis
notre vie entre parenthèses pour
nous consacrer à cette gestion de
crise.
Après le 15 avril, nous avons eu

une nouvelle mission, le Centre
Communal d’Action Sociale de la
ville de Pont de Claix nous demandant de l’aide pour la gestion des
visites à l’EHPAD de la commune.
Après avoir travaillé sur le protocole avec la direction de l’EHPAD,
nous avons envoyé un binôme de
secouristes tous les jours (hors
weekend) pour accompagner l’établissement au déconfinement en
gérant les visites des familles. Ce
fut une vraie mission de soutien,
très forte en émotion. Nous avons
donc renforcé l’EHPAD jusqu’au
26 juin.”
Ces missions vous ont-elles
demandé une adaptation particulière ? Et comment s’est-elle
matérialisée ?
“Absolument. D’après moi, c’est
la faculté principale d’un bon
secouriste : l’adaptation ! Chaque
jour nous devions nous adapter.
Nous avons dû écrire des protocoles pour clarifier nos missions,
et assurer la sécurité de nos
équipes et victimes. Nous avons
également rédigé des fiches réflex
selon le retour d’expérience de
nos équipes. Aussi, il a fallu créer
des outils de gestion pour gérer
les rotations des équipes. De plus,
un Poste de commandement a été
installé dans notre salle de gestion
de crise.
En ce qui concerne les EPI, nous
avons eu la chance de pouvoir
compter sur nos partenaires
locaux pour pouvoir équiper nos

secouristes. Il a fallu également
mettre en place un réseau radio
interassociatif. Il a été instauré par
l’association de Protection Civile
de l’Isère avec l’aide de la FFSS
38.”
En quoi ces missions ont-elles été
différentes des autres ?
“Tout était différent ! Rien que le
contexte, au début, nous n’avions
pas beaucoup d’informations sur le
virus. Le risque de pouvoir attraper
ce virus lors d’une intervention
était l’une de nos principales
préoccupations. Nous avons donc
porté une attention particulière
aux mesures de protection.
Techniquement, il a aussi fallu
s’adapter. Impossible de faire tous
les gestes de secours en raison
du virus, il a donc fallu passer
du temps pour oublier nos habitudes. De plus, sur intervention,
il y avait une nouvelle gestion
du matériel. Et l’approche des
victimes aussi était différente. Il
fallait déjà prendre du temps pour
les rassurer. Notre équipement
pouvait effectivement faire peur…
Et il fallait prendre en compte les
proches présents.”
En quoi ces missions ont-elles
été formatrices pour vous et vos
équipes ?
“Rien de plus formateur que le
terrain ! Ces missions sont à la fois
très prenantes et très formatrices.
Humainement, je pense que ces
missions ont renforcé les liens

entre nos secouristes.”
Pourquoi est-il important que la
FFSS se soit ainsi engagée durant
la crise de la COVID-19 ?
“Au vu de notre agrément de sécurité civile, nous avons vocation à
assister les secours publics en cas
d’évènement majeur. Je pense que
nous avions tout à fait notre place
durant la crise de la COVID-19.
C’est dans ces moments là que
notre engagement prend son sens.
C’est une fierté pour nos secouristes d’avoir participé à la gestion
de cette crise.”
Qu’est-ce que votre engagement
durant ces missions vous a apporté sur un plan personnel ? Et quel
bilan en tirez-vous ?
“Sur le plan personnel, ces
missions m’ont permis de relativiser. J’ai une autre vision de la vie
après avoir vu des jeunes de mon
âge entre la vie et la mort.”
Une vision que Rémi nous dépeint
avec beaucoup de pudeur, lorsque
nous lui demandons quelle image
de cette crise il gardera. “Lors de
la première journée de soutien à
l’EHPAD, j’ai assisté aux retrouvailles d’une mère et de sa fille,
après plus d’un mois sans se voir.
Les premiers mots de la fille ont
été d’annoncer à sa maman le
décès de son beau-fils de la COVID.
C’était très émouvant…” n

Le Mag des territoires Résilients : Edition spécial covid-19

45

secours à personne

JÉRÉMIE MERCURI
COORDINATEUR AVEC LE SAMU 94 & EN EHPAD

“Urgence, mobilisation,
unité.”
46

Le Mag des territoires Résilients : Edition spécial covid-19

J

érémie Mercuri, 31 ans, porte plusieurs
casquettes au sein de la fédération. Chargé
de mission et formateur, notamment sur la
partie aquatique, pour les Secouristes du Loiret
(45), il s’est engagé il a presque 10 ans et n’a
pas quitté son association depuis. Ses rôles de
bénévole, quant à eux, sont de participer aux
différents postes de secours en tant que secouriste, sauveteur aquatique, pilote d’embarcation
ou cadre opérationnel en fonction des besoins.
Très investi pendant la crise de la COVID-19,
Jérémie a multiplié les responsabilités et les
missions. Un engagement qui a duré depuis le
début du confinement jusqu’à la fin du mois
de juin.
Durant la gestion de crise de la COVID-19, vous
avez été coordinateur auprès du SAMU 94, dans
un premier temps. Pouvez-vous nous en parler ?
“Le SAMU 94 a fait appel à une dizaine d’associations de sécurité civile pour répondre à la
demande grandissante de secouristes dans son
département. Le SAMU a donc organisé une salle
de régulation des moyens associatifs dirigée par
un médecin. Cette salle de crise était active 24h
sur 24 du début à la fin de crise. Au plus fort
de celle-ci, elle se composait du médecin, de
deux infirmiers et 3 cadres associatifs. Son but
était de diriger l’ensemble des moyens associatifs. C’est-à-dire répartir les différents VPSP
sur tout le département, les faire partir sur les
différentes interventions, recueillir leurs bilans
et enfin orienter les patients vers les services
hospitaliers appropriés. Personnellement, j’ai pu
participer à la structuration de cette salle, à la
définition des rôles de chacun, à l’écriture des
protocoles destinés aux cadres, chefs d’équipes
et secouristes et, enfin, j’y ai travaillé en tant
que coordinateur interassociatif, cadre moyen
et bilan.”

Vous avez également été engagé lors d’interventions en EHPAD. Quelles étaient les missions
?
“Pour les EHPAD, nous étions toujours sous
tutelle des SAMU. Nous étions sollicités dans
un premier temps pour définir les besoins de
chaque EHPAD. En fonction des besoins, nos
secouristes ont participé à différentes missions.
Par exemple, la restructuration des établissements afin d’avoir une partie “COVID positive”
et une partie “COVID négative”. Cela passait par
du balisage de la signalisation, la formation du
personnel à la nouvelle organisation, la désinfection des chambres et le déménagement des
résidents. Nous avons également organisé et
accompagné les familles afin qu’elles puissent
rendre visite à leurs proches en garantissant
les mesures sanitaires. Aussi, nous avons pu
apporter notre soutien aux personnels des
EHPAD au travers de prises de constantes
permettant un suivi plus poussé des résidents.
Enfin, nous avons eu l’opportunité de nous
investir sur des missions de soutien psychologique du personnel avec les services de la CUMP
(Cellule d’Urgence Médico-Psychologique,
ndlr).”
En quoi ces missions ont-elles été formatrices
pour vous et votre équipe ?
“Elles l’ont été sur beaucoup de points.
Notamment sur la gestion de l’humain. Il a fallu
apprendre à faire de la politique, pour que tout
le monde puisse aller dans le même sens sans
blesser les égos de chacun. J’ai dû apprendre à
m’affirmer, à être sûr de moi et de mes prises
de décisions.”

gros poste de secours sauf que, là, ça a durée
3 mois et qu’on n’était pas préparés. Il fallait
faire tout de suite le maximum avec les moyens
disponibles sur le moment. Donc ça demandait
une grosse faculté d’analyse et d’adaptation.”
En quoi vos fonctions ont-elles renforcé votre
engagement ?
“J’ai trouvé ça très beau que des gens d’associations différentes, de professions différentes
(médecins, infirmiers, secouristes, logisticiens,
régulateurs) aient réussi à s’unir face à cette
crise sanitaire. C’est ce que je recherche dans
une association de secourisme : on a tous des
profils différents, des compétences différentes,
des visions différentes, mais la même passion, le
même goût d’aider les autres et tous ensemble
on est capables de faire de grandes choses.”
Qu’est-ce que votre engagement durant cette
mission vous a apporté sur un plan personnel ?
Et quel bilan en tirez-vous ?
“Je n’ai jamais autant travaillé de ma vie. Je ne
savais pas que j’étais capable d’une telle charge
de travail. Humainement, c’était très, très fort.
Ce que j’en retiens c’est que, quand on a un
but commun ensemble, on peut soulever des
montagnes.”
Lorsqu’on lui demande ce qu’il gardera en
tête de la gestion de cette crise, Jérémie se
montre laconique mais redoutablement précis
: “urgence, mobilisation, unité.” Trois mots qui
témoignent de la force d’un engagement sans
faille. n

En quoi ces missions ont-elles été différentes
des autres ?
“Ces missions ressemblent à la gestion d’un

Le Mag des territoires Résilients : Edition spécial covid-19

47

secours à personne

NATHAN DELAUNAY
CONDUCTEUR VPSP AUPRÈS DU SAMU DU 75

“Grâce à des négociations avec mon
employeur, j’ai pu
prendre une semaine
de “congé” par mois
pour effectuer mes
missions de secourisme. Le reste de mes
missions, je le réalisais
sur mon temps libre le
week-end.”

N

athan Delaunay a 23
ans. Informaticien dans
une société de service
bancaire, Nathan est entré à la
FFSS à l’âge de 13 ans en tant
que Jeune Sauveteur. Quelques
années plus tard, il passe ses
formations PSE1 (formation
secourisme en équipe de niveau
1) et PSE2 avant de devenir bénévole. Au sein de la fédération,
ses missions sont d’être équipier
et conducteur sur des postes de
secours et lors des gardes SAMU.
Durant la gestion de crise de la
COVID-19, vous avez été conducteur VPSP auprès du SAMU 75.
Pouvez-vous nous en parler ?
“J’ai commencé les missions pour
le SAMU 75 deux jours après le
début du confinement. Pour être
honnête, c’était la deuxième fois
de ma vie que je montais sur Paris,
et c’était très calme et très étonnant. La circulation était fluide !
(Rires.) Concernant le dispositif
mis en place, nous étions basés
au siège du SAMU 75 sur l’hôpital
Necker, avec les équipes de l’Ordre
de Malte et de la Croix Rouge,
ce regroupement était nommé
“Alpha”. Les relations avec le
SAMU étaient plutôt cordiales.”
Combien de temps a duré cette
mission et dans quelles conditions
s’est-elle déroulée ?
“J’ai passé 4 mois sur la crise à
alterner les gardes au SAMU, et
mon travail que je réalisais à
distance. Grâce à des négociations avec mon employeur, j’ai
d’ailleurs pu prendre une semaine
de “congé” par mois pour effectuer mes missions de secourisme.
Le reste de mes missions, je le
réalisais sur mon temps libre le

48

Le Mag des territoires Résilients : Edition spécial covid-19

week-end. Globalement, je n’ai pas
eu de soucis particulier. Dans Paris,
avec le confinement, la circulation
était un pur plaisir.”
En quoi cette mission a-t-elle été
formatrice pour vous ?
“Cette mission était simplement
ma plus importante expérience en
conduite d’urgence en ambulance.
Ce qui fait que les premiers jours,
je n’étais pas très confiant. Malgré
tout, le confinement ayant vidé
les rues de Paris, c’était plus aisé
de conduire dans cet environnement. Lors du déconfinement,
les rues se sont progressivement
remplies et rebouchées. Cela m’a
forcé à réadapter ma conduite à
un environnement beaucoup plus
dangereux.”
En quoi cette mission a-t-elle été
différente des autres ?
“Forcément, le cadre pandémique
de la mission impliquait une
augmentation de la sécurité sur
les interventions. Les différentes
consignes de sécurité ont écarté
le conducteur de toutes les interventions pour suspicion de COVID.
Ce qui fait que j’ai passé beaucoup
de temps à attendre à l’avant de
mon véhicule que l’intervention se
déroule.”
De cette mission, Nathan conservera toutefois une image forte.
Outre le privilège d’avoir pu
s’arrêter quelques instants, entre
deux interventions, pour observer
différents lieux emblématiques de
la capitale durant le confinement,
il restera marqué par la vision de
la Tour Eiffel illuminée, brillant
du même jaune que celui de son
uniforme. Comme un témoignage
de la reconnaissance de la nation à
l’égard de ses secouristes. n

HENDRICK DELECOURT
CHEF DE CENTRE DE DÉCONTAMINATION

Â

gé de 28 ans, Hendrick Delecourt
a de la bouteille. Engagé depuis
ses 16 ans au sein d’associations
agréées de sécurité civile, il intègre la
FFSS en 2010. Ce chef d’équipe et de poste
est également formateur aux premiers
secours. Ses missions se résument donc
principalement à la gestion de DPS et à la
formation. Hendrick se définit aussi lui-même
comme une “roue de secours” lorsqu’une
intervention technique sur une ambulance
ou du matériel opérationnel est nécessaire.
Durant la gestion de crise de la COVID-19, vous
avez été chef de centre de décontamination
dans les villes d’Antony et de Villeneuve-leRoi. Pouvez-vous nous expliquer en quoi cela
consistait ?
“Effectivement j’ai eu pour rôle de gérer
et veiller au bon fonctionnement du centre
de décontamination d’Antony mais aussi (et
surtout) celui de Villeneuve-Le-Roi.
Le chef de centre avait avec lui une équipe de
décontamination qu’il devait «driver». L’équipe
était composée de trois équipiers «sales» qui
s’occupaient de la désinfection à l’arrivée du
véhicule et d’un équipier “propre” qui était en
charge de remettre le matériel désinfecté dans
le véhicule décontaminé. Il y avait aussi un
magasinier qui retournait le matériel utilisé
lors des interventions dans le véhicule.
Une dernière personne avait le rôle d’équipier
polyvalent (notre petit lapin). Ses missions
étaient d’aider l’équipe de décontamination et
le magasinier, et gérer l’ouverture et la fermeture du portail lors de l’arrivée ou du départ des
équipes au centre de décontamination.
Les jours au centre de décontamination se
suivaient et se ressemblaient. Les matins, on
ouvrait le centre de décontamination vers 8h
pour accueillir avec le café. L’équipe de désinfection commençait sa journée en désinfectant
le dernier VPSP rentré la veille au soir. Pendant
ce temps, le logisticien polyvalent et le magasinier nettoyaient le circuit de douche. Celui-ci
fonctionnait en circuit fermé avec une “zone
sale” et une “zone propre”.
En attendant, je préparais les radios “Instavox”,
les fiches de départ et de retour des équipages
et je gérais les petits ennuis matériels.

Les équipes qui partaient en garde sur les
SAMU 94 & 75 arrivaient vers 8h30 pour partir
sur les lieux de garde vers 9h15 pour leur prise
de garde à 10h.
Vers 8h45, les équipes des VPSP et de la VL
(véhicule léger, ndlr) Île-de-France arrivaient
pour leur prise de garde. Elles me faisaient
remonter les informations afin que je sache
ce qu’il manquait à leur véhicule pour pouvoir
être opérationnel.
Parallèlement, on s’occupait de faire l’inventaire des pleins des véhicules prêtés par Ford.
Quelques fois, on nettoyait aussi les véhicules
présents sur le parking du centre (VPSP, véhicules Ford, Minibus FFR, VL associatifs).
Aussi, il était convenu que des véhicules ne
faisant pas partie du parc de la FFSS viennent
réaliser une désinfection. Nous avons donc
réalisé la désinfection de véhicules de police,
ou même des VPSP de la Croix-Rouge. Cela
créait de l’interservice et de l’interassociation.
A l’arrivée de la première ambulance, le rôle du
chef de décontamination était de vérifier l’état
général du véhicule et de faire le point avec
le chef d’équipe des différentes interventions
afin de réaliser la désinfection la plus adaptée.
Si l’équipe avait fait beaucoup d’interventions
COVID-19, la désinfection était renforcée. Si
elle n’avait pas fait d’intervention COVID-19,
nous passions à la désinfection par nébulisation. Ensuite, je dirigeais l’équipe vers la
décontamination obligatoire.
Au total, il y avait dix à quinze véhicules qui
rentraient de garde par jour.
Après la décontamination, nous échangions
avec les personnes qui étaient en garde.
Discuter avec elles de situations plus ou
moins difficiles ou anecdotiques permettait
de renforcer la cohésion d’équipe. Nous leur
proposions également un repas ou un café avant
qu’ils rentrent sur leur lieu d’hébergement.”

Ainsi, les protocoles d’hygiène étaient nettement plus rigoureux qu’à l’accoutumée, notamment les procédures de décontamination. “Pour
certains (secouristes, ndlr), c’était la première
fois qu’ils utilisaient cette méthode de désinfection. Il a fallu les former à cette pratique.”
Néanmoins, il s’agissait d’une véritable nécessité dans le cadre de cette crise sanitaire d’une
ampleur inédite. Hendrick s’explique : “A ma
connaissance, il n’y a jamais eu de crise de
cette ampleur où toutes les associations de
secours confondues ont dû mettre en place des
règles aussi strictes en termes de décontamination. L’enjeu était important : ne pas se faire
contaminer et ne pas contaminer nos proches.
Ainsi, il était primordial de mettre en place une
procédure particulièrement stricte.”
La crise de la COVID-19 a imposé à toutes les
équipes de secouristes de faire preuve d’une
résilience exceptionnelle. Pour Hendrick, cela
aura permis de resserrer les liens entre les
bénévoles et cadres de toute la fédération. “La
FFSS est une grande famille et nous sommes
tous dévoués à une simple cause : celle de
sauver et secourir notre prochain. Mais, pour
avoir côtoyé les autres structures associatives
durant cette crise, je pense que le milieu associatif de sécurité civile dans sa globalité est
également une grande famille. Bilan : seul on
va vite , unis on va loin”. n

“A ma connaissance, il n’y a jamais eu de crise de cette ampleur
où toutes les associations de secours confondues ont dû mettre
en place des règles aussi strictes
en termes de décontamination.
Bilan : seul on va vite, unis on va
loin.”

Le Mag des territoires Résilients : Edition spécial covid-19

49

secours à personne

STEVENS DUVAL
A ASSURÉ LA RÉPONSE OPÉRATIONNELLE DE
LA FFSS 60 FACE AU CLUSTER DE L’OISE

“En février, l’Oise était le
seul département en France
à être touché par la COVID.”

A

ujourd’hui âgé de 37 ans, Stevens Duval fait ses
débuts dans le monde de la sécurité civile à
seulement 14 ans en intégrant les Sauveteurs de
l’Oise, une association affiliée à la fédération. Pour lui, le
secourisme est une histoire de famille : “mon beau-père
faisait partie de l’association, à l’époque. De même que
mes deux frères. C’était donc familial !”
Initialement secouriste, Stevens évolue et monte les
échelons sur la partie opérationnelle et la partie formation. Après avoir intégré le Conseil d’Administration de
son association, il en devient le président. Un poste qui
le contraint à ne plus pouvoir se rendre sur le terrain
comme avant, même s’il continue de dispenser des
formations et de se rendre disponible sur la partie
opérationnelle lors de la mise en place de gros dispositifs, à l’instar de celui mis en oeuvre en réponse à la
crise de la COVID. Par ailleurs, Stevens est directeur du
SAMU social de son département.
Vous avez donc été amené à assurer la réponse opérationnelle de la FFSS 60 face au cluster de l’Oise.
Pouvez-vous nous en parler ?
“Premièrement, nous avons été contactés par le SAMU
60 dès la fin février puisque l’Oise était le premier
département touché. Il y avait donc un afflux d’appels
au centre 15, en particulier dans le sud du département.
Le centre 15 a demandé un renfort à la préfecture

50

Le Mag des territoires Résilients : Edition spécial covid-19

des AASC pour la partie “réponse des appels”, mais
uniquement sur la cellule “Crise COVID”. C’est-à-dire
qu’il y avait un premier traitement au 15 qui restait
totalement géré par leurs agents. Si ceux-ci disaient
à la victime “vous dépendez du COVID donc on vous
oriente vers la cellule de crise”, et les appels venaient
vers les secouristes engagés pour appuyer cette cellule.
Nous avons été sur cette plateforme téléphonique de
début mars jusqu’à la fin de l’état d’urgence sanitaire,
le 10 juillet.
Entre, nous avons eu une réquisition de la préfecture
environ 1 mois/1 mois et demi après le début de la
première mission sur le centre d’appel, pour faire l’accueil dans le premier centre de dépistage. Nous avons
maintenu cela jusqu’au 10 juillet également.
On nous a aussi demandé de gérer l’accueil des visiteurs
après la réouverture des EHPAD pendant 2/3 semaines
fin mai/début juin.
Ça, c’était la première mission de renfort avec, à l’intérieur, trois missions spécifiques.
Deuxièmement, nous avons été contactés dès le 16
mars, premier jour de confinement. On nous a demandé
de renforcer la partie “sociale”, pour la mise en place
d’un centre d’hébergement pour SDF de 120 places.
Celui-ci a été monté en à peine 24 heures dans un
gymnase, puis déplacé dans une structure plus adaptée.
La FFSS était présente constamment pendant près

de 5 mois, de mars à juillet, sur ce centre
d’hébergement.
Troisièmement, parallèlement à ce centre,
nous avons eu pour mission le transport des
malades COVID non graves vers les centres
de desserrement (hôtels mis en place pour
y accueillir des personnes SDF ou précaires
COVID non graves). Nous avons donc assuré
et nous assurons encore aujourd’hui les transports sanitaires des personnes malades non
graves soit depuis les lieux d’hébergement,
l’hôpital, le domicile ou depuis l’aéroport, si la
personne doit être isolée.
Quatrième mission : on a été sollicité par un
autre hôpital de l’Oise afin d’assurer, pendant
plus d’un mois/un mois et demi, le renforcement des urgences de l’hôpital de Creil par
la mise à disposition de deux personnes trois
fois par semaine. Nous avons également fait,
à deux reprises, du renforcement à la morgue
de l’hôpital.
Nous avons aussi mis une équipe à deux
reprises pour les transports COVID “graves” des
hôpitaux parisiens vers les TGV médicalisés
dans le cadre de la mission Chardon et sur
demande de la FFSS nationale.
De plus, nous sommes engagés sur l’aéroport
de Beauvais depuis trois mois, notamment pour
les vols qui sont sur “liste rouge” : Serbie et
Moldavie. On assure la partie administrative et
gestion de flux en lien avec la Protection Civile.
Enfin, suite à la réouverture des centres de
dépistage “grand public”, c’est-à-dire quand
les collectivités organisaient régulièrement
une journée de dépistage, nous avons été
engagés sur 4 journées, avec l’ARS, et sur 3
communes différentes de l’Oise. Nous gérions
toute la partie administrative et assurions la
gestion de flux.
En ce qui concerne les partenariats avec les
autres AASC, nous avons été mutualisés sur
la première mission et celle sur l’aéroport de
Beauvais. Pour les autres, il n’y avait que la
FFSS.
Sur la première période de confinement, de fin
février au 10 juillet, nous sommes à plus de 13
000 heures de bénévolat. Donc, il y a véritablement eu un fort investissement. Nous n’avons
pas de salarié mais 110 secouristes dans
l’association et, pour toutes ces missions, une
cinquantaine de secouristes se sont investis.”
Dans quelles conditions ces missions se sontelles déroulées ?
“Entre mars et avril, les conditions d’organisation n’étaient pas bonnes… Mais on ne peut

en vouloir à personne car l’ARS, la préfecture
et même le SAMU ont été surpris. Personne
n’avait prévu cela. Donc on va dire que les
conditions organisationnelles, aussi bien de
terrain que financières et contractuelles, ont
plutôt évolué au fil des semaines. Bien évidemment, aujourd’hui, quand on fait une mission,
on contractualise avant. En février, l’Oise était
le seul département en France à être touché
par la COVID.”
Ces missions vous ont-elles demandé une
adaptation particulière ? Et en quoi ont-elles
été différentes des autres ?
“Oui. Les secouristes savent faire un poste de
secours, ils savent intervenir sur une victime,
il n’y a pas de souci. Par contre, répondre au
téléphone au 15, même si on l’apprend, c’est
particulier ; aller s’occuper d’un SDF en période
de confinement aussi ; transporter des malades
vraiment graves on ne l’a jamais fait. Je pense
qu’en fait, il y a eu une adaptation ou plutôt
une adaptabilité de la mission principale du
secouriste.
De plus, ce qu’on peut souligner, c’est que cela
a renforcé le partenariat avec la préfecture,
l’ARS, les infirmiers, les libéraux, ... avec qui
on ne travaille jamais. D’ordinaire, on travaille
beaucoup plus sur le terrain avec les pompiers
quand ils viennent chercher la victime. Ou une
ambulance privée. Mais, là, les secouristes
ont vu autre chose. Et ce qui est intéressant
pour les équipes, quand ils seront en poste de
secours ou quand ils prendront en charge une
victime, c’est qu’ils ne la prendront plus en
charge comme avant.
Donc je pense qu’il y a un partenariat qui s’est
créé et un renforcement de la mission.”
Ces missions ont-elles été formatrices pour
vous et vos équipes ?
“En l’occurrence, durant la gestion de crise,
c’était plutôt de l’apprentissage sur le terrain.
Par exemple, on expliquait en une heure
comment faire et on y allait directement.
Pendant la crise, on ne pouvait pas toujours
appliquer les protocoles car il n’y avait pas
d’autre choix. On nous disait par exemple :
“Oui, c’est protocolaire, normalement il faut
faire comme ça, mais là tu n’as pas le choix
tu es tout seul, tu réponds au téléphone parce
que le médecin est occupé. Donc tu notes tout
et on verra après.”
Tandis que maintenant, il faut replacer ce
cadre. Il faut répéter aux équipes : “attention,
vous êtes des secouristes, n’allez pas plus loin.”

Mais avant c’était différent. Il fallait répondre
présent à un moment T.”
Pourquoi est-il important que la FFSS se soit
ainsi engagée durant la crise de la COVID-19 ?
“Il n’y a pas vraiment eu de questionnement.
Cela n’a même pas été réfléchi, c’était spontané. C’était une évidence. On s’est dit : “on
y va.”
Votre fonction au sein de ces missions a-t-elle
renforcé votre engagement personnel et celui
de vos équipes ?
“Je ne pense pas que cet engagement-ci en
particulier ait renforcé mon engagement
personnel. Je pense que cela démontre mon
implication, et c’est quelque chose de “normal”.
Je veux dire, on est là et on se doit d’être là.
Si on est dans une association, si on fait ça,
c’est parce qu’on a envie de le faire. Sinon, on
n’adhère pas à une association.
En ce qui concerne les équipes plus particulièrement, nous avons eu des personnes qui
ne se sont pas investies pendant le premier
confinement pour des raisons différentes
comme leur travail, des gardes d’enfants, etc.
Ce qu’on ne peut pas leur reprocher. D’autres,
à l’inverse, on eu beaucoup plus de temps, et
se sont investis. D’autres qu’on a découvert. On
s’est dit “mince, on ne les a jamais vu comme
ça, ils sont à fond, ils sont très investis dans
cette période.””
Qu’est-ce que votre engagement durant ces
missions vous a apporté sur un plan personnel ?
“Beaucoup d’humain. Je suis quelqu’un qui
n’aime pas rester derrière un bureau, même
si j’y suis par la force des choses pour gérer
l’administratif. Ce que j’aime c’est discuter
avec les gens, les rencontrer, les écouter, …
Beaucoup disent qu’ils ont “perdu le contact”
durant cette crise, ce qui est logique. Mais
nous, nous n’avons pas perdu le contact car on
s’est retrouvés dans des missions où l’humain
était très présent.
Ce qui m’a apporté aussi, à titre personnel,
c’est de montrer que tout ce qu’on a construit
ensemble, on a pu le mettre en œuvre ici.”
Enfin, lorsqu’on lui demande quelle image de
cette crise il gardera, Stevens nous répond : “le
partenariat. Parce qu’on est plus efficace si on
est ensemble pour protéger nos concitoyens.”
Avant d’ajouter : “Et je pense que l’on apprend
sur soi. Des secouristes m’ont dit qu’ils avaient
appris sur eux durant certaines missions.” n

Le Mag des territoires Résilients : Edition spécial covid-19

51

Paroles de secouristes

S

ISTE
SECOUR
LES DE

PARO

ALEXANDRE BEAULANDE-CHOUIN,
RESPONSABLE DU PÔLE MAGASIN OPÉRATIONNEL
- BASE LOGISTIQUE D’ORLÉANS (45)

“J’ai trouvé que la crise est montée très rapidement
en puissance. Par conséquent, les demandes en
matériel ont augmenté très vite et en nombre important. Il a fallu assurer les approvisionnements des
ambulances mais aussi l’armement des différents
centres opérationnels ayant une activité spécifique.
Il m’a fallu être très disponible car la situation évoluait très vite et je n’avais pas beaucoup de marge
de manœuvre du fait que nous sommes dépendants
des fournisseurs qui, eux aussi, se trouvaient rapidement en rupture de matériel (sur le plan national).
“Je crois que je me souviendrai toujours des soirs
où les ambulances rentraient et qu’il fallait les

52

désarmer complètement, les désinfecter et les
réarmer. Mes collègues venaient demander beaucoup de matériel et cela montrait à quel point la
population était en détresse et avait besoin de
nous.”
SÉBASTIEN HUET,
ÉQUIPIER VPSP DURANT LES MISSIONS CHARDON

“Pour les différents Chardons, l’organisation était
à quelques détails près la même. Une fois notre
mission reçue, on se dirigeait vers la gare et ses
quais pour récupérer dans chaque VPSP une
équipe SMUR (service mobile d’urgence et de réanimation, ndlr) et le matériel dont on avait besoin
(respirateur artificiel, supplément d’oxygène si
besoin, les multipacks des SMUR dans un matelas

Le Mag des territoires Résilients : Edition spécial covid-19

coquille). Lorsque les VPSP de la colonne étaient
opérationnels, nous partions en convoi, escortés
par les motards de la police nationale vers les hôpitaux d’Île-de-France. Le conducteur restait dans
l’ambulance pendant que l’équipier apportait le
brancard dans la chambre de réanimation et aidait
les équipes SMUR et hospitalières au transfert du
patient de son lit au brancard et au transfert du
respirateur fixe au respirateur mobile. Puis, nous
montions dans la cellule de l’ambulance. L’équipier
restait à l’arrière de l’ambulance à disposition de
l’équipe SMUR au cas où un problème survenait
pendant le transport. Toujours escortés par les
motards, nous prenions la route vers la gare, pour
que les équipes TGV installent les patients dans
les différents wagons des “Chardons”. Enfin, une
fois les patients et les équipes SMUR déposés, les

VPSP partaient en centres de désinfection de la
gare tenus par la Croix-Rouge.”
BENJAMIN NEUVILLE,
ÉQUIPIER DURANT LES MISSIONS CHARDON
“D’un point de vue technique, cela commençait à
être exceptionnel ! Il y avait une locomotive seule
devant pour éviter tous les animaux et obstacles
qui auraient pu se trouver sur la voie… Il y avait
également plusieurs générateurs de secours…
Humainement, j’ai trouvé ça incroyable ! Déployer
autant de monde pour 24 patients, c’est juste
incroyable. Et, au niveau matériel, je n’en parle
même pas.”
JOËL JACQUARD,
CADRE OPÉRATIONNEL ET PRÉSIDENT D’ASSOCIATION

“Le fait de participer à des opérations de secours
est bien sûr valorisant, mais ce qui m’a le plus
apporté sur le plan personnel c’est de faire partie
d’un groupe qui s’est investi sans compter sur une
longue période.
Il en ressort également une certaine fierté d’avoir
été un maillon de la chaîne de secours dans cette
crise et que les AASC soient reconnues et remerciées pour leur engagement par les pouvoirs
publics. Comme dans tout retour d’expérience, il
va maintenant falloir analyser en détail ce qui
a fonctionné correctement et ce qui demande à
être amélioré.”
FLORENT LAMAURY
AIDE À L’ORGANISATION DE LA SALLE DE GESTION
DE CRISE NATIONALE

“Cette crise a été une première de ce type pour
moi. Les postes de secours ne sont rien comparés
à tout ce que cette crise nous a fait surmonter.
Nous ne sommes en rien préparés à faire face à
ce genre d’événements.
Derrière le terrain, il y a tout une partie de
l’ombre. Une partie cachée de tous. Nous avons
revu nos protocoles pour préserver la sécurité des
victimes prises en charge, mais aussi celle de nos
secouristes. Il a fallu trouver des solutions pour
nous rééquiper sur le matériel que nous n’avions
pas suffisamment. De plus, la récurrence des interventions a créé une usure sur nos véhicules
opérationnels qui ont eu besoin d’une attention
particulière pendant cette crise. Mais le côté technique n’est rien comparé à la fatigue accumulée
par les bénévoles qui se sont engagés sans re-

lâche pendant cette crise.
L’arrivée de cet évènement qui a touché la population mondiale a changé notre façon de vivre au
quotidien, mais aussi à long terme. Comparée aux
missions habituelles des postes de secours, cette
crise a changé notre façon d’intervenir sur les
victimes. En plus de la gestion de l’intervention
en elle-même, nous rentrions aussi dans la vie
des personnes et de leur famille.
L’image que je peux retenir c’est la détresse des
personnes. Intervenir chez elles, en présence de
leur famille, donne une autre dimension à l’intervention. C’est quelque chose que l’on ne voit pas
pendant les formations, et c’est une chose qui m’a
énormément touché.”
QUENTIN VIVIER
ENGAGÉ LORS DES GARDES À L’EHPAD 77
“Le virus nécessite plus de précautions, plus de
procédures visant la sécurité des résidents et de
l’équipe médicale. Dans l’EHPAD, nous étions en
binôme, équipés d’un chariot ou nous pouvions
y trouver de quoi prendre la tension, la température, la saturation et de quoi se désinfecter les
mains. Notre objectif était de faire le tour des
chambres où les résidents sont considérés non
touchés par le COVID-19, pour pouvoir prendre
les constantes et assurer un suivi quotidien de
chaque résident. On avait également une mission
à portée sociale, c’est-à-dire prendre du temps
avec les résidents de l’EHPAD, discuter avec eux
en cette période de crise où les visites étaient très
restreintes. Cela a permis au personnel médical
d’avoir une charge salariale moins importante
durant la journée. Nous aidions également au
service des repas le midi.”
ADRIEN RIVIERRE
CONDUCTEUR VL POUR LES CENTRES D’ISOLEMENT

“C’est différent [de ses missions habituelles, ndlr].
Ce n’est pas du premier secours, mais plutôt du
soutien à la population.” Une mission qui nécessitait une adaptation particulière des véhicules,
mais aussi une adaptation de la part des secouristes au cas par cas. “Par exemple, on a dû mettre
des bâches et des draps. Cela servait à nous protéger nous, déjà, malgré qu’on ait des EPI, et ça
permettait de protéger l’habitacle.
Le relationnel était vraiment très présent, ça m’a
marqué. Les gens qui te remercient, ça fait du
bien. Cette image-là est superbe : que les gens te
remercient. Elle me restera toujours.”

Le Mag des territoires Résilients : Edition spécial covid-19

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La FFSS

LA FÉDÉRATION FRANÇAISE DE
SAUVETAGE ET DE SECOURISME
NOTRE HISTOIRE

Créée en 1899 par Raymond PITET, la FFSS est un partenaire incontournable et historique des pouvoirs publics et
des collectivités territoriales. Reconnue d’utilité publique
SAG 5062 depuis 1927, elle est également membre de l’ILS
(International Life Saving) ainsi que du CNOSF (Comité
National Olympique et Sportif Français. Aujourd’hui, la FFSS
regroupe près de 400 structures sur l’ensemble du territoire
français et 60 000 licenciés.

NOTRE AGRÉMENT
DE SÉCURITÉ CIVILE

L’agrément est délivré, après vérification des compétences
des associations, pour autoriser celles-ci à exercer, selon
les cas, les missions de sécurité civile, qui se distinguent
en 4 catégories :
A - Opérations de secours : apporter un concours, dans les
conditions prévues par convention, à titre complémentaire
des moyens des services de secours publics.
B - Actions de soutien aux populations sinistrées : répondre
à l’appel de mobilisation pour faire face aux détresses
engendrées en situation de crise. Prendre en charge, assister
et assurer la sauvegarde des populations sinistrées.
C - Encadrement des bénévoles lors des actions de soutien
aux populations sinistrées : aider les autorités de police et
leurs services publics à coordonner et gérer l’action des
bénévoles.

NOS MISSIONS

Les associations agréées de sécurité civile (article L.725-3 du Code de la sécurité
intérieure) telles que la FFSS ainsi sont engagées, à la demande de l’autorité de
police compétente ou lors du déclenchement de plans ORSEC, pour participer aux
opérations de secours et à l’encadrement des bénévoles dans le cadre des actions de
soutien aux populations.
Elles seules peuvent contribuer à la mise en place des dispositifs de sécurité civile
dans le cadre de rassemblements de personnes. Elles peuvent aussi assurer des actions
d’enseignement et de formation en matière de secourisme.

NOS FORMATIONS

Action citoyenne :
Nous formons les citoyens aux gestes qui sauvent par le biais d’actions et de formations telles que : des initiations, Prévention Secours Civique niveau 1 (PSC1), ou
encore en entreprise avec la formation des Sauveteurs Secouristes du Travail (SST)
et la prévention des risques professionnels, sous convention avec l’INRS.
Ingénierie de Sécurité Civile :
Des formations aquatiques :
-
Formation complète des sauveteurs aquatiques (BNSSA), du pilotage de
bateau de sauvetage, ainsi que la formation au secourisme des maîtres-nageurs
sauveteurs ;
-
La formation des Surveillants de Baignade en centres de vacances et de
loisirs.
Des formations de Sécurité Civile :
-
Premiers Secours en Equipe de niveau 1 et 2 (PSE1 et PSE2) ;
-
Avec les collectivités territoriales, la formation des agents et des réservistes
communaux de sécurité civile, mais aussi l’accompagnement lors des exercices de
gestion de crise (soutien des populations sinistrées).

Retrouvez nos formations complètes sur www.ffss.fr

D - Dispositifs prévisionnels de secours : concourir aux
dispositifs prévisionnels de secours à personnes, mis en
place pour la couverture des risques à l’occasion des manifestations ou rassemblements de personnes.

LE SAUVETAGE SPORTIF

La FFSS c’est aussi le Sauvetage Sportif. Pratique importée
d’Australie et connue sous le nom de “Surf Life Saving”, le
Sauvetage Sportif existe depuis 1902.
Le Sauvetage Sportif c’est l’apprentissage d’une discipline
sportive mais aussi de la citoyenneté et du respect de l’environnement. C’est également une discipline reconnue de
haut niveau.
Le Sauvetage se caractérise par 2 spécialités :
-
Le Sauvetage Côtier
-
Le Sauvetage eau plate
Et des compétitions internationales existent pour les deux
spécialités.

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Le Mag des territoires Résilients : Edition spécial covid-19

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03/2021 - Réalisation : Studio de création MAIF. Crédit Photo : FFSS.

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Nous etions la



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